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À l’heure où la religion est souvent convoquée comme explication simpliste des conflits mondiaux, la Campagne Islamique organisée les 27 et 28 décembre 2025 devant la Grande Mosquée de Poto-Poto, à Brazzaville, a pris des allures de contre-discours stratégique. Placée sous le thème « La Religion de tous les Prophètes », l’initiative portée par le Groupe d’Appel de l’Islam au Congo, sous l’égide du Conseil Supérieur Islamique du Congo, s’est imposée comme un exercice de pédagogie publique face aux dérives idéologiques contemporaines.
Réhabiliter le religieux dans l’espace public
Dans un contexte international dominé par les guerres identitaires, la montée du radicalisme et la défiance croissante envers les institutions religieuses, les Imams congolais ont fait un choix assumé : exposer l’Islam au débat public, sans posture défensive. Sous la conduite de Youssouf Ngolo Nzila, président du Conseil Supérieur Islamique du Congo, les échanges ont été directs, parfois rugueux, mais toujours structurés autour d’un principe : distinguer le message spirituel de son instrumentalisation politique.
La question du vivre-ensemble a ainsi servi de fil conducteur. Pour les Imams, la cohésion sociale ne peut être décrétée par l’État seul ; elle repose aussi sur la responsabilité morale des leaders religieux, appelés à devenir des acteurs de stabilité plutôt que des relais d’émotions collectives.
Djihadisme : une construction politique plus que théologique
L’un des moments forts de la campagne a porté sur le terrorisme islamiste, sujet hautement inflammable dans le débat international. Le discours tenu à Poto-Poto tranche avec certaines rhétoriques globales : le djihadisme n’est pas présenté comme une émanation naturelle de l’Islam, mais comme le produit d’un enchevêtrement d’intérêts géopolitiques, de frustrations sociales et de trafics d’armes.
Les Imams ont pointé une réalité rarement assumée publiquement : les groupes armés prospèrent dans des zones où l’État est affaibli, mais aussi là où des puissances extérieures tirent profit de l’instabilité. L’exemple syrien, évoqué au cours des échanges, illustre ces renversements de narratifs où les « terroristes d’hier » deviennent parfois des interlocuteurs diplomatiques lorsque les équilibres stratégiques l’exigent.
Jésus, Moïse et Muhammad : un socle commun face aux identités fragmentées
Au cœur de cette campagne, la référence aux Prophètes Abraham, Moïse, Jésus et Muhammad apparaît comme une réponse aux fractures identitaires mondiales. En rappelant que Jésus (Issa), dans l’Islam, prêche le monothéisme et l’amour du prochain, les Imams ont cherché à désamorcer le choc des civilisations, trop souvent entretenu par l’ignorance mutuelle. Ce rappel théologique devient alors un outil politique au sens noble : réintroduire la complexité dans un monde qui simplifie à outrance.
L’Afrique, terrain décisif du religieux mondial
Cette campagne brazzavilloise s’inscrit dans une dynamique plus large : l’Afrique est devenue un espace stratégique du religieux global, à la croisée des influences spirituelles, des tensions sécuritaires et des enjeux de gouvernance. Dans ce contexte, la clarté doctrinale et la parole publique des responsables religieux prennent une dimension géopolitique.
En annonçant la poursuite de la campagne à Bacongo, les organisateurs affirment leur volonté de sortir l’Islam des cercles clos pour l’ancrer dans le débat citoyen.
À Poto-Poto, loin des slogans et des postures victimaires, l’Islam a été présenté comme une théologie de la responsabilité, confrontée aux réalités du monde contemporain. Un choix risqué, mais nécessaire, à l’heure où la confusion nourrit la violence plus sûrement que la foi.
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