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À Brazzaville, la pensée de Benoît Gassongo au cœur du dialogue entre foi chrétienne et cultures africaines

par André LOUNDA 23 Janvier 2026, 09:52 Religion

Brazzaville, 22 janvier. La deuxième journée du colloque international consacré à la Vie et aux Œuvres de Monseigneur Benoît Gassongo a pris, ce mercredi, des allures de laboratoire intellectuel où se sont croisées théologie, anthropologie et sciences sociales. Réunis en panels dans la salle de conférence internationale du Palais des Congrès de Brazzaville, chercheurs, ecclésiastiques et universitaires ont interrogé l’héritage d’un prélat congolais dont la pensée continue de résonner avec une acuité singulière dans les débats contemporains sur l’inculturation du christianisme en Afrique.

Parmi les thématiques ayant retenu une attention particulière figure celle des sonorités et rythmes locaux comme stratégie d’évangélisation, de 1946 à nos jours. Les intervenants ont mis en lumière le rôle central de la musique, des percussions, des chants vernaculaires et des rythmes traditionnels dans la transmission du message chrétien au sein des communautés locales.

 Loin d’être de simples ornements liturgiques, ces expressions sonores apparaissent comme de véritables médiateurs culturels, capables de traduire l’Évangile dans des langages sensibles, familiers et profondément enracinés. Une approche conforme à la vision pastorale de Monseigneur Benoît Gassongo, pour qui la foi ne pouvait prospérer qu’en dialoguant avec les matrices culturelles africaines.
Un autre axe structurant des débats a porté sur l’Otweré, système de justice traditionnelle chez les Mbosi, présenté comme une institution à l’histoire complexe, intimement liée aux valeurs sociales, spirituelles et morales de cette communauté. Les chercheurs ont insisté sur le fait que l’Otweré ne saurait être réduit à un simple mécanisme judiciaire. Il constitue un système normatif global, où s’articulent régulation sociale, sacralité, médiation symbolique et quête d’harmonie communautaire.

Dans le prolongement de cette réflexion, un panel consacré à la justice sociale bantoue, à travers les cas de Bunzonzi et de l’Otweré, a permis de comparer différentes formes de régulations sociales autochtones. Fondés sur la parole, la réparation, la médiation et la restauration de l’équilibre social, ces systèmes interrogent les modèles modernes de justice hérités de la colonisation et ouvrent des perspectives pour une justice plus contractuelle, plus restaurative et culturellement intelligible.
L’une des communications les plus marquantes a proposé une lecture socio-anthropologique comparée entre l’Otweré mbosi et la Maât égyptienne. Cette mise en parallèle a révélé une convergence conceptuelle profonde entre l’Afrique pharaonique et les sociétés bantoues, notamment autour de l’idée d’une justice sacrée, garante de l’équilibre social, moral et cosmique.

Les débats ont également abordé, sans tabou, les questions sensibles de la magie, des croyances et de la sorcellerie dans les spiritualités congolaises. Loin des approches stigmatisantes, les intervenants ont plaidé pour une compréhension anthropologique rigoureuse de ces phénomènes, envisagés comme des systèmes de sens structurant les rapports entre visible et invisible, maladie, mort et pouvoir. Ces analyses ont permis de mieux cerner les défis de l’évangélisation face aux cosmologies africaines, mais aussi les opportunités d’un dialogue fécond entre christianisme et spiritualités locales.

À la fin des travaux de la journée, Monseigneur Brice Armand Ibombo, président du comité d’organisation, au cours d'une interview qu'il a accordé à la presse, a rappelé que les panels s’étaient articulés autour de deux grands axes : l’évangélisation du Congo et la réflexion sur l’Otweré. Il a souligné que Monseigneur Benoît Gassongo, deuxième évêque congolais, formé dans un contexte historique précis, n’a jamais rompu avec sa culture et ses traditions. Prêtre, écrivain et penseur, il a laissé, parmi ses écrits, un document majeur sur l’Otweré, véritable code éthique et judiciaire, destiné à orienter la résolution des conflits dans le monde mbosi.
Pour les panélistes, l’Otweré n’a jamais été l’apanage d’une seule région de l’Alima, mais une forme de régulation sociale largement partagée à travers les cultures congolaises. À ce titre, Benoît Gassongo apparaît comme un précurseur de l’inculturation, ayant su conjuguer l’Évangile et les traditions ancestrales, sans les opposer. Un héritage intellectuel et spirituel qui, près d’un demi-siècle après sa mort, continue d’interpeller l’Église et la société congolaise.

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