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Au fleuve des renaissances: quand le Nsoki rend l'âme à la lumière

par André LOUNDA 30 Décembre 2025, 14:01 Religion

Mfoa, 21 décembre 2025. Le fleuve Congo n’est jamais aussi silencieux que lorsqu’il écoute les hommes. Ce dimanche-là, sur ses rives larges et solennelles, il a accueilli des corps, mais surtout des consciences.
Après vingt-et-un jours de Nsoki, le jeûne sacré de la communauté spirituelle Ngunza-Matsouaniste, les fidèles sont venus rompre le temps de l’épreuve par un rite ancien, dense, presque immuable : le bain de purification. Hommes, femmes, enfants, anciens — toutes les générations réunies dans un même geste, celui de se délester du poids invisible des jours, pour renaître à soi.

Le Nsoki n’est pas une abstinence ordinaire. Il est une remise à l’heure intérieure, un réglage de l’âme à l’aune de Nzambi a Mpungu Tulendo, le Dieu vivant. Vingt-et-un jours de prières, de repentance, de silence parfois, pour réaligner l’être sur l’essentiel. Car, dit le proverbe kongo, « l’éléphant ne se fatigue pas du poids de sa trompe » : ce que l’on porte depuis toujours ne doit pas nous briser, mais nous structurer.

Un rite, une mémoire, une transmission
Sous les rythmes traditionnels, les chants graves et les sonorités anciennes, les Ntumua, chefs spirituels, ont conduit la cérémonie. Le message du jour, tiré du Kimoko, s’inscrivait dans la droite ligne des enseignements de Mbuta Massengo Mbemba, Ngudi Nganga — le Léopard — figure tutélaire et guide spirituel de la communauté.
Mais cette rupture du Nsoki fut aussi un temps de mémoire. Une mémoire douloureuse, parfois tue, celle des atrocités commises contre les Matsouanistes dans les premières années de l’indépendance congolaise. Les mots ont rappelé les faits : la violence, les arrestations arbitraires, la déportation, les compromissions politiques.

On se souvient de cet épisode troublant où l’abbé Fulbert Youlou, alors président du Congo, fit libérer des auteurs de violences avant de les condamner publiquement — pour mieux les amnistier, quelques jours plus tard. On se souvient aussi de l’ultimatum lancé par des jeunes de l’UDDIA, exigeant de « régler définitivement l’affaire matsouaniste ». L’histoire, ici, n’est pas récitée : elle est portée comme une plaie encore chaude.

La lumière face aux ténèbres
Pourtant, le message central n’est ni la plainte ni la revanche. Il est l’élévation.
« La foudre aime s’abattre sur le palmier qui donne le bon vin », enseigne la sagesse kongo. Autrement dit : ce qui est fécond attire l’adversité. Les Ngunza l’assument.

Leur combat n’est pas racial, ni tribal, ni nostalgique. Il est spirituel et social. Une lutte pour la dignité humaine, pour la liberté de conscience, pour une fraternité éprouvée dans l’effort. Le Ngunza, rappellent-ils, n’est pas un vestige du passé ni un reliquat de la résistance à la colonisation. Il est un état d’esprit, au-dessus des nations, des races et des frontières.

La parabole de l’arbre et de l’orphelin
Pour dire cette sagesse, les anciens convoquent les récits. Celui de l’orphelin confié à un caïlcédrat, arbre amer à la langue mais vertueux pour l’âme. Arbre-mémoire, arbre-médecine, arbre-sacré. Tant qu’il se tient debout, l’enfant survit. Lorsqu’il est abattu par la jalousie des hommes, la sagesse ne disparaît pas : elle se métamorphose, incarnée par une tourterelle, insaisissable et éternelle.
Le chasseur qui voulut la tuer perdit la raison. Depuis, dit-on, il court encore, tirant sur le ciel.
La leçon est claire : on peut brûler les arbres, pas la vérité qu’ils portent.

Une spiritualité pour aujourd’hui
Le Ngunza aspire à l’harmonie intérieure, à l’élévation morale et intellectuelle de la personne. Il n’y a civilisation, enseigne Mbuta Massengo Mbemba, que là où l’être humain trouve son équilibre intérieur. Là où la foi éclaire l’action. Là où la mémoire n’écrase pas l’avenir.

Au bord du fleuve Congo, en ce 21 décembre, les fidèles sont repartis selon l’antique bénédiction :
« Allez en paix, et revenez en paix. »
Quand la bouche hésite, dit encore la sagesse, c’est qu’il n’y a plus rien à ajouter.
Ngeta.

 

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