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Brazzaville : quand la poésie ressuscite les absents

par André LOUNDA 5 Janvier 2026, 16:33 Culture et Arts

✈️ KAMB' IKOUNGA, l’Appel du Ténéré ou la survivance sacrée de la parole 

Trente-six ans après sa disparition tragique dans l’attentat du vol UTA au-dessus du désert du Ténéré, le poète congolais KAMB' IKOUNGA a de nouveau fait entendre sa voix. Une voix venue du sable, du silence et de la mémoire. Son œuvre majeure, L’Appel du Ténéré, était au cœur d’une rencontre littéraire d’exception, baptisée « Présence poétique posthume », tenue le 31 décembre 2025 à Brazzaville. Une date symbolique, à la frontière du temps, comme pour mieux convoquer l’absent.

Un poète arraché au ciel, mais enraciné dans la parole
KAMB' IKOUNGA n’est pas mort : il s’est transfiguré. Sa disparition brutale en 1989 n’a pas réduit sa parole au silence ; elle l’a projetée dans une dimension plus vaste, celle de la survivance. L’Appel du Ténéré n’est pas seulement un livre, c’est un chant d’outre-monde, une traversée de la mémoire et de l’âme.

C’est cette lecture profonde qu’a proposée l’écrivain et critique littéraire Ramsès MBONGOLO, en développant un thème puissant : « KAMB' IKOUNGA, poète de la survivance de la mémoire de la parole ».
et genêts : clés florales d’une poétique de la renaissance
Dès le poème introductif —« Au crépuscule de cette vie des mimosas… » — le ton est donné. Ramsès MBONGOLO y voit un cri primal, un seuil initiatique. Deux images dominent et structurent l’univers du poète : les mimosas et les genêts.
Le mimosa, ce « petit soleil d’hiver », convoque à la fois la douceur, la fragilité et la puissance du souvenir. Fleur de lumière et d’odeur, il traverse la poésie universelle, de Rosemonde Gérard à Paul Éluard, oscillant entre joie, jalousie amoureuse et éclat solaire. Chez IKOUNGA, il devient mémoire sensible, capable de réveiller les blessures comme les espérances.
Le genêt, quant à lui, annonce le renouveau, la renaissance printanière. Il symbolise l’élan vital, la continuité malgré l’épreuve, la promesse d’un retour après le désert. L’association de ces deux fleurs esquisse une esthétique de la résilience : survivre, fleurir, malgré l’aridité du monde.

Un écrivain majeur du patrimoine congolais
Présent à cette cérémonie d’hommage, Alphonse NKALA, Directeur général des Arts et des Lettres au ministère de l’Industrie culturelle, a tenu à rappeler la place centrale de KAMB' IKOUNGA dans le panthéon littéraire national : « Il compte désormais parmi les écrivains majeurs de notre pays, au même titre que Tchicaya U Tam’si. Il était juste et nécessaire de parler de son livre et de l’homme qu’il a été. »
Un hommage lucide, mais aussi un constat amer : L’Appel du Ténéré est aujourd’hui quasi introuvable. D’où l’appel solennel lancé pour sa réédition, afin que l’œuvre soit remise entre les mains des lecteurs, des étudiants, des chercheurs, et qu’elle irrigue les mémoires universitaires, les thèses et les consciences.

KAAAMBA, le nom comme fondement
Moment fort de la rencontre, la prise de parole de Martial Vincent de Paul IKOUNGA, au nom de la famille, a rétabli une vérité essentielle : le nom du poète.
« Ce n’est pas KAMB’ IKOUNGA, mais KAAAMBA IKOUNGA. KAAAMBA, en yaka, c’est l’arbre principal, le pilier, le majeur de la main. Enlevez-le, et la main se rétrécit, perd sa force. »
Ce rappel n’est pas anodin. Il éclaire toute l’œuvre du poète : KAAAMBA est le lien, celui qui tient, relie et soutient. Sa poésie, à l’image de son nom, est une architecture invisible, un axe sans lequel la mémoire collective s’effondre.

Une présence qui refuse l’oubli
À travers lectures, analyses et témoignages, la rencontre du 31 décembre n’a pas seulement honoré un poète disparu. Elle a posé un acte de résistance culturelle.
Car célébrer KAMB' IKOUNGA, c’est refuser l’effacement. C’est affirmer que la poésie congolaise possède ses prophètes, ses martyrs et ses gardiens de la parole.
Dans le désert du Ténéré, une voix continue d’appeler.
Et à Brazzaville, elle a trouvé des oreilles pour l’entendre.

 

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