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Quand la mémoire devient objet de science. C’est sous ce thème ambitieux que se sont tenues, du 3 au 4 février 2026 à Brazzaville, les premières Journées régionales sur la généalogie, organisées conjointement par la Fondation américaine Family Search International et le Centre de Prospective pour le Développement (CEPROD). Deux jours de réflexions intenses, au croisement des sciences, de l’histoire et de la politique, consacrés à une question centrale : comment la mémoire familiale et collective peut-elle contribuer à refonder le vivre-ensemble en République du Congo ?
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Dans un pays marqué par les ruptures de l’histoire – esclavage, colonisation, mutations institutionnelles – les organisateurs ont voulu remettre la généalogie familiale au cœur du débat public, non comme une nostalgie du passé, mais comme un outil scientifique et politique capable d’éclairer les tensions contemporaines entre l’État et la société.
La mémoire orale, socle d’une science en devenir
L’enjeu était double. D’une part, mettre en lumière le fonds culturel de la mémoire collective congolo-africano-mondiale, transmis à travers les proverbes, mythes, contes et légendes, véritables archives orales encore vivantes. D’autre part, interroger les causes profondes de la déconnexion persistante entre l’État et la société, en revisitant les modèles familiaux, juridiques et institutionnels hérités de la période coloniale.
Quatre objectifs structurants ont guidé les travaux : reconstituer l’organisation généalogique précoloniale à partir des données des 80 ethnies regroupées en cinq aires culturelles ; analyser les mécanismes contemporains de prise en charge de la famille dans le cadre juridico-institutionnel actuel ; expliquer les causes structurelles de la rupture État-société ; enfin, formuler des recommandations concrètes, applicables et durables pour restaurer cette connexion.
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Une ouverture solennelle et très politique
La cérémonie d’ouverture, organisée au Mémorial Pierre Savorgnan de Brazza, haut lieu de mémoire, s’est tenue sous le patronage de Ghislain Thierry Maguessa Ébomé, ministre de l’Enseignement technique et professionnel. Autour de lui, autorités politiques et administratives, universitaires, chercheurs et partenaires internationaux.
Dans son discours d’ouverture, le ministre a insisté sur la portée nationale de l’initiative : « Le travail sur la mémoire est un travail sur le patrimoine national. Pour des peuples marqués par le traumatisme de l’esclavage, reconstituer la généalogie n’est pas un luxe intellectuel, c’est une nécessité historique. »
Il a également salué la capacité du CEPROD à créer un pont entre recherche scientifique, action publique et partenaires internationaux, voyant dans ces journées une illustration concrète du projet de société porté par les autorités du pays.
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Même tonalité du côté de la municipalité. Représentant le député-maire de Brazzaville, Clesh Atipo Ngapi a souligné la pertinence des débats à l’heure où la ville, comme d’autres capitales africaines, est confrontée à l’éclatement des familles et à la dilution des repères identitaires. Il a rappelé l’engagement de l’État en matière de mémoire, évoquant notamment la construction du Musée de l’esclavage de Loango, lancée en novembre dernier dans le Kouilou.
Trois panels pour penser la généalogie autrement
Les travaux se sont articulés autour de trois panels scientifiques.
Le premier, consacré à la perception biogénétique et éthique de la généalogie, a exploré les apports croisés de l’oralité, de l’ADN et de l’intelligence artificielle dans la reconstitution des lignages familiaux. Les échanges ont montré comment les nouvelles technologies peuvent dialoguer avec les savoirs traditionnels, sans les disqualifier.
Le deuxième panel, à dominante historico-anthropo-sociologique, a offert un panorama riche des systèmes de parenté, des alliances matrimoniales et des conseils de famille au sein de plusieurs aires culturelles congolaises – des Kongo aux Mbosi, des Téké aux peuples autochtones des forêts d’Afrique centrale. Autant de contributions soulignant la sophistication des organisations familiales précoloniales.
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Enfin, le troisième panel s’est projeté vers l’avenir, en interrogeant les perspectives de réaménagement de la politique familiale, à partir d’expériences comparées (notamment en Guinée) et d’analyses critiques du droit congolais actuel. La question de la déconnexion entre l’État et la société y a été frontalement posée.
Des recommandations pour inscrire la généalogie dans l’action publique
Au terme des travaux, deux recommandations majeures ont été formulées : lancer une vaste étude généalogique nationale sur les communautés du Congo et pérenniser les Journées d’étude sur la généalogie familiale afin d’en faire un rendez-vous scientifique régulier.
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En clôturant les assises, Antoinette Kébi, présidente du comité d’organisation, a rappelé l’ambition fondatrice de ces journées : « Faire de la généalogie un champ de recherche reconnu en Afrique centrale, et surtout un levier de compréhension de notre passé pour mieux penser notre avenir. »
À Brazzaville, durant deux jours, la généalogie est ainsi sortie de l’ombre des récits familiaux pour s’imposer comme un objet de science, de mémoire et de politique publique. Un pari intellectuel audacieux, à l’heure où les sociétés africaines cherchent à renouer les fils rompus de leur histoire.
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