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À Brazzaville, la rumba congolaise se réinvente au rythme d'un dialogue franco-congolais

par André LOUNDA 6 Février 2026, 14:51 Culture et Arts

Vendredi 6 février, à la tombée du jour, la rumba congolaise quittera les grandes scènes institutionnelles pour investir un lieu de proximité : le restaurant-bar Makossophie, à Moungali. À 19 heures précises – fait suffisamment rare pour être souligné –, la salle karaoké du troisième étage accueillera un concert inédit, fruit d’un stage de formation et d’imprégnation musicale réunissant musiciens congolais et français dans le cadre du projet Bolingo Ya Rumba.

Au cœur de cette rencontre, une ambition : montrer que la rumba, classée patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, n’est plus seulement une musique nationale, mais un langage universel en perpétuelle transformation. « La rumba n’est plus congolaise, elle est devenue universelle », affirme sans détour Joson le Philosophe, figure majeure du genre et chef d’orchestre de Super Nkolo Mboka. « Les musiciens français sont ici pour le Congo. C’est donc au public congolais de venir les accueillir. Ce que nous proposons, ce n’est pas un solo, c’est un dialogue. »

Une transmission sans partitions, mais avec des codes
Depuis plusieurs semaines, une équipe de musiciens français séjourne à Brazzaville pour s’immerger dans les fondements de la rumba : l’odemba, le soukous, mais aussi le CBN et le muntuashi, mis à l’honneur lors de cette troisième édition du projet. Une transmission qui ne passe pas uniquement par les notes écrites.
« Le plus difficile n’est pas de savoir jouer, mais de savoir transmettre », explique Joson le Philosophe. « Heureusement, la musique a ses codes. Et quand on est professionnel, on finit toujours par se comprendre. »
Même constat du côté des formateurs congolais. Enoch Tsassa, chanteur de Super Nkolo Mboka, insiste sur l’oralité comme socle de la rumba : « La rumba, c’est d’abord une ligne, une respiration. Les notes sont les mêmes partout dans le monde, mais l’expression change. Et eux ont très vite compris. »

Un laboratoire de création et de métissage
Le concert de Makossophie n’est pas une simple restitution académique. Il se veut un laboratoire vivant, mêlant compositions originales créées pendant le stage et relectures de classiques, dont certaines œuvres emblématiques de Joson le Philosophe et des titres connus du répertoire congolais.

Pour Adrien Garrido, musicien français engagé dans le projet, l’enjeu dépasse le concert : « Cela fait la troisième fois que nous venons à Brazzaville. À chaque session, la compréhension est plus fluide, les échanges plus rapides. Il y a une musique en commun, et elle grandit. » Le concert, gratuit, se veut aussi une invitation populaire : « La piste de danse sera ouverte. »

Une rumba de quartier, inclusive et engagée
Avec Bolingo Ya Rumba, les organisateurs revendiquent une esthétique de proximité. Après le centre-ville, Moungali ce vendredi, Bacongo le lendemain, avant Talangaï et Kintélé. Une rumba qui descend dans les quartiers, loin des formats élitistes.

La coordinatrice du projet, Péguy Maho, souligne l’évolution du dispositif depuis 2025 : « Nous avons appris ensemble. Les stagiaires français montent en compétences, mais les formateurs congolais aussi, en adaptant leurs méthodes. C’est une vraie fusion pédagogique. »
Cette édition marque également une ouverture assumée : place accrue aux femmes musiciennes, intégration de nouvelles formes de danse, et prolongement du projet vers d’autres horizons, notamment avec le steel pan, instrument caribéen qui fera l’objet d’ateliers à Brazzaville.

Une musique, mais aussi un combat
Derrière la fête, le projet porte une dimension plus politique. « L’artiste congolais reste insuffisamment protégé, socialement et juridiquement », rappelle Péguy Maho. Bolingo Ya Rumba entend désormais s’inscrire dans une démarche de professionnalisation, de recherche de partenaires et de défense des droits des artistes.

À Makossophie, désormais siège officiel du projet, la rumba ne se contente plus de faire danser. Elle pense, transmet et revendique.
Vendredi soir, à Brazzaville, elle parlera aussi français. Et surtout, elle continuera de parler au monde. 🎶

 

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