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Cancer au Congo : l’urgence silencieuse

par André LOUNDA 3 Février 2026, 16:48 Santé


Judith Nsondé Malanda, au front d’une lutte nationale

Brazzaville – Bacongo. Dans la cour sobre du dispensaire adultes de Bissita, siège du Programme National de Lutte contre le Cancer (PNLC), le temps semble suspendu. Pourtant, à l’intérieur des bureaux, l’urgence est palpable. Ce lundi 2 février 2026, le professeur Judith Nsondé Malanda, directrice du PNLC, dresse un tableau lucide, sans fard, mais résolument tourné vers l’action, de la lutte contre le cancer au Congo. Ici, loin des chiffres abstraits, le cancer porte des visages, des histoires, des destins souvent brisés trop tôt. Et c’est précisément contre cette fatalité que le PNLC a décidé d’intensifier son combat.


2026, une année charnière
« L’année vient à peine de commencer, mais elle s’inscrit déjà dans la continuité de 2025 », confie la professeure. À peine revenue de Pointe-Noire, où ses équipes ont sillonné districts sanitaires et centres de santé, elle évoque une mission essentielle : vulgariser les lignes directrices de prise en charge des cancers les plus fréquents au niveau communautaire.
Former, informer, alerter dès le premier contact avec la population : telle est la nouvelle stratégie. « Il faut que le cancer ne soit plus un mot lointain, mystérieux, mais une réalité connue, reconnue et prise en charge le plus tôt possible », insiste-t-elle.


Femmes, hommes, enfants : un calendrier, une réalité
Octobre rose, novembre bleu, mars colorectal, janvier dédié au cancer du col de l’utérus… Le calendrier de sensibilisation n’est pas un artifice médiatique. Il répond à une réalité épidémiologique implacable.b« Au Congo, les cancers du sein et du col de l’utérus restent les premiers cancers chez la femme. Chez l’homme, la prostate arrive en tête. »
Mais la directrice du PNLC est formelle : la sensibilisation ne saurait être saisonnière. Elle doit être permanente, continue, adaptée aux réalités locales.


Des chiffres en hausse, un signal d’alarme
Peut-on parler de recul du cancer au Congo ? La réponse est sans détour : non. « Les chiffres augmentent. Et ils continueront d’augmenter si rien n’est fait. » Facteurs environnementaux, habitudes alimentaires, modes de vie : les causes sont multiples. Les projections sont inquiétantes. D’ici 2030 à 2050, les cas pourraient doubler. « C’est maintenant qu’il faut agir. La prévention est notre seule arme pour inverser la courbe. »


Les cancers oubliés : enfants et hommes
Les cancers pédiatriques, souvent méconnus, sont bien présents : rétinoblastome, cancers du rein, du foie. Chez l’homme, après la prostate viennent le foie et le côlon.
Les statistiques définitives sont encore en cours de consolidation, mais la tendance est claire : l’augmentation est constante, parfois brutale.


Soigner, mais à quel prix ?
La question de la thérapie demeure le nœud gordien.« Aujourd’hui, la prise en charge est essentiellement individuelle. Et elle ne correspond pas à la bourse de la majorité des Congolais. »
Le plaidoyer est en cours auprès des décideurs politiques et sanitaires. Quelques avancées existent : des molécules acquises par l’État pour le cancer du sein, le soutien précieux de Pharma Foundation, qui permet l’accès à des thérapies hormonales et ciblées, notamment pour les cancers hormono-dépendants.
Mais l’équation reste fragile.


Radiothérapie : le grand chantier
C’est sans doute le symbole le plus criant des défis à venir : l’absence de radiothérapie au Congo.
Des démarches sont engagées auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), du Parlement, du Sénat. L’objectif est clair : permettre aux patients d’être traités sur place, sans exil médical coûteux et souvent fatal. « Notre souhait est simple : que tous les cancers puissent être pris en charge ici, au Congo. »


L’intérieur du pays, nouveau front
Après Pointe-Noire et le Kouilou, le PNLC prépare son déploiement progressif dans les autres départements. Formation des personnels de santé, sensibilisation communautaire, structuration des districts sanitaires : la lutte se veut désormais nationale, méthodique, patiente.


Un appel solennel aux partenaires
La lutte contre le cancer ne peut être solitaire. « Les médicaments coûtent cher. Les équipements coûtent cher. Mais la vie humaine n’a pas de prix. » ONG internationales, fondations, partenaires techniques et financiers : le Congo ouvre ses portes. Chaque don, chaque expertise, chaque partenariat compte. « C’est ensemble que nous pourrons faire reculer le cancer. »


À Bacongo, la bataille est engagée.
Silencieuse, complexe, exigeante. Mais portée par une conviction : le cancer n’est pas une fatalité, à condition d’agir tôt, ensemble, et avec détermination.

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