/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_421528_pano-20260217-102641.jpg)
Contrôler l’État : la CNTR ouvre un chantier décisif
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_4186a0_1771343364103.jpg)
Brazzaville – Dans une matinée feutrée de février, les lambris de la salle de conférence de l'hôtel Mikhaëls ont retrouvé, le 17 février 2026, le bruissement des grandes heures administratives. La Septième session ordinaire de la Commission Nationale de Transparence et de Responsabilité dans la gestion des finances publiques (CNTR) s’est ouverte à Brazzaville, sous le regard attentif de ses membres et partenaires. Dix jours durant, jusqu’au 26 février, l’institution chargée de veiller à la probité des finances publiques congolaises passera au crible ses travaux, ses ambitions… et ses propres contraintes. Autour de la table, le président de la CNTR, Joseph MANA FOUAFOUA, entouré du vice-président David ONTSAKA et du rapporteur-trésorier Alphonse OKO. Un triumvirat déterminé à inscrire la culture de la reddition des comptes dans un pays encore marqué par les séquelles d’une crise financière profonde.
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_68f20f_gridart-20260217-165053841.jpg)
Un contexte sous tension
L’heure n’est pas anodine. L’adoption récente du budget de l’État pour l’exercice 2026 n’a pas permis d’augmenter la dotation allouée à la Commission. Pis : les décaissements effectifs demeurent en deçà des montants ordonnancés. Autrement dit, l’organe de contrôle doit composer avec des moyens contraints au moment même où s’achève le Plan National de Développement 2022-2026 et où se profile un nouveau cycle stratégique.
À l’horizon également, l’élection présidentielle et l’émergence d’un nouveau projet de société. Autant de paramètres qui exigent, selon les mots du président, « efficacité, rigueur et exemplarité ».
L’héritage de 2017 : la promesse de la transparence
La CNTR n’est pas née d’un hasard bureaucratique. Elle s’inscrit dans le sillage du Code de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques, adopté en application des directives de la CEMAC. Créée en 2019, au plus fort de la tourmente financière, la Commission avait pour mission d’intervenir en amont : prévenir les dérives, traquer les violations, diffuser les bonnes pratiques.
Un rôle à la fois vigie et pédagogue. Car il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais d’installer durablement une culture de la discipline budgétaire, de la traçabilité et de la performance.
Des enquêtes sensibles, des audits stratégiques
L’année 2025 aura été marquée par une série d’investigations à haute portée symbolique.
Parmi elles, une mission d’enquête sur les Comptes spéciaux du Trésor, ces instruments budgétaires parfois perçus comme des zones grises de l’action publique. Objectif : vérifier leur conformité aux textes et prévenir toute entorse aux principes de transparence.
Autre chantier délicat : l’examen des virements du Trésor public aux opérateurs économiques de la zone CEMAC sur la période 2020-2024, dans un contexte où la gestion de la dette intérieure suscite interrogations et attentes.
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_c8f55e_1771343353008.jpg)
La Commission s’est également penchée sur la gestion des recettes issues de la délivrance des passeports — enjeu stratégique de sécurisation des recettes non fiscales — ainsi que sur la redevance audiovisuelle, levier essentiel du financement du service public.
Dans le secteur de la santé, un audit financier du Centre National de Transfusion Sanguine est venu rappeler que la bonne gouvernance ne connaît pas de domaine réservé. Enfin, l’étude sur la réforme du secteur de l’électricité, notamment l’évolution de la société Énergie Électrique du Congo, a mis en lumière les progrès accomplis, mais aussi les fragilités structurelles persistantes.
Les rapports de ces missions, promet la CNTR, seront publiés conformément aux textes en vigueur. Transparence oblige.
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_fcebf6_1771343342098.jpg)
L’ombre des contraintes budgétaires
Mais l’ardeur réformatrice se heurte à une réalité prosaïque : la faiblesse des ressources. Les exercices 2024 et 2025 ont été marqués par une mobilisation insuffisante de la subvention de l’État, limitant l’exécution du Plan stratégique 2025-2029.
Symbole de ces entraves : le rapport d’évaluation du Code de transparence 2025, resté lettre morte faute de financements suffisants. Pourtant, une plateforme numérique de collecte de données avait été acquise grâce au préfinancement d’un cabinet privé. Il manquait l’essentiel : équipements, connexion, formation.
Dans ce paysage contraint, l’appui du Programme des Nations unies pour le développement a constitué un levier décisif. La CNTR entend désormais élargir le cercle de ses partenaires pour donner corps à ses ambitions.
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_0488b6_1771343346661.jpg)
Une session décisive
Cette septième session, reportée pour raisons budgétaires, se veut à la fois administrative et budgétaire. Seize points figurent à l’ordre du jour : adoption des rapports financiers 2023 et 2025, inventaire du patrimoine au 31 décembre 2025, validation des rapports de missions, examen du Plan de Travail Annuel Budgétisé 2026, programme d’activités et projet de budget.
L’exercice est délicat : présenter un budget « sincère et réaliste », aligné sur le modèle du budget-programme, tout en préservant la capacité d’action de l’institution.
Au-delà des chiffres, c’est une certaine idée de l’État qui se joue. « La finalité de notre action est le bien-être de la population », a rappelé le rapporteur. Une formule simple, presque austère, mais qui résume l’enjeu : faire de la gestion des deniers publics non un domaine réservé, mais un contrat moral entre gouvernants et gouvernés.
L’exigence d’exemplarité
Dans un pays où la question des finances publiques demeure sensible, la CNTR avance sur une ligne de crête. Elle doit convaincre sans stigmatiser, contrôler sans paralyser, alerter sans céder à la tentation du spectaculaire.
À l’ouverture des travaux, le président a appelé à la cohésion et à l’innovation, notamment en matière de communication, afin de mieux sensibiliser l’opinion publique. Car la transparence ne vaut que si elle est comprise et partagée.
À Brazzaville, pendant dix jours, il ne sera question ni de rhétorique ni d’effets d’annonce, mais de tableaux budgétaires, d’ordonnancements et de rapports d’audit. Une matière austère, certes. Mais c’est souvent dans ces arcanes techniques que se dessine la crédibilité d’un État.
La CNTR joue ici une part de son autorité. Et peut-être, au-delà, une part de la confiance publique.
/image%2F1906098%2F20260217%2Fob_e01879_1771343370595.jpg)
/image%2F1906098%2F20161025%2Fob_f67791_300x300-ct.jpg)

Haut de page