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Brazzaville à l'heure de la foi: Ramadan 2026, entre ferveur populaire et appel solennel à l'unité nationale

par André LOUNDA 27 Mars 2026, 15:20 Religion

À Brazzaville, le mois sacré du Ramadan s’est refermé comme il avait commencé : dans le recueillement, la discipline et une ferveur discrète mais palpable. Vendredi 20 mars 2026, la capitale congolaise a vibré au rythme de l’Aïd el-Fitr, point d’orgue d’un cycle spirituel intense, marqué cette année par un contexte national particulier.

Dans les artères de Poto-Poto, sur la rue Paul Kamba, comme sur l’esplanade du stade de la Concorde à Kintélé, des milliers de fidèles se sont rassemblés pour la grande prière, organisée sous l’égide du Conseil Supérieur Islamique du Congo. Une démonstration d’unité et d’organisation, dans une ville où l’islam, discret mais bien enraciné, affirme progressivement sa place dans le paysage religieux.
Derrière cette mobilisation, une figure : Youssouf NGOLO. À l’issue des célébrations, il a livré une lecture à la fois spirituelle et profondément politique de ce Ramadan 1447 de l’hégire.

Car cette année, le jeûne n’était pas qu’un exercice de piété. Il s’inscrivait dans un climat électoral tendu, où chaque prière, chaque sermon, portait en filigrane une exhortation : préserver la paix. « Mieux vaut un pain sans richesse qu’un pays sans paix », martèle-t-il, reprenant une sagesse que les fidèles ont entendue dans les mosquées tout au long du mois.
Le Ramadan a d’ailleurs débuté sous le signe d’une légère divergence, fidèle aux traditions du monde musulman : observation lunaire pour les uns, calculs astronomiques pour les autres. Entre le 18 et le 19 février, chacun a entamé le jeûne selon sa méthode, sans que cela n’altère l’essentiel : l’unité de la communauté dans la pratique.

Moment culminant, la Nuit du Destin, observée dans la nuit du 16 au 17 mars, a rassemblé les croyants dans une quête spirituelle intense, entre prières nocturnes et lectures du Coran. Une nuit où, selon la tradition, les destinées se scellent et les péchés s’effacent.
Mais au-delà du rite, c’est un message de société qui s’est imposé. Pour Youssouf Ngolo, les fêtes musulmanes – au nombre de deux principales, auxquelles s’ajoute la prière hebdomadaire du vendredi – ne sont pas de simples célébrations. Elles sont des rappels constants des piliers de l’islam : discipline, solidarité et responsabilité.
Le jeûne, explique-t-il, est une école de maîtrise de soi : s’abstenir de manger, de boire et de céder aux passions du lever au coucher du soleil, pour mieux se rapprocher de Dieu. Une pédagogie du renoncement qui, selon lui, devrait inspirer la vie publique.

Son discours prend alors une tonalité plus large, presque républicaine. « Personne n’a choisi d’être Congolais », insiste-t-il. « Cette identité nous est donnée. À nous d’en faire une force. » Une manière de rappeler que la devise nationale – unité, travail, progrès – ne saurait rester un slogan, mais doit devenir un cap collectif.
Dans une société où la jeunesse représente une écrasante majorité, l’enjeu est crucial. Le président du Conseil islamique appelle à une « conscientisation » des jeunes, trop souvent exposés aux dérives des réseaux sociaux et aux tensions identitaires. À rebours des discours clivants, il plaide pour un retour au dialogue, à la palabre, à cet « arbre à palabres » africain où les conflits se résolvent par la parole.

Le Ramadan 2026 à Brazzaville aura ainsi dépassé le cadre du religieux. Il aura été, en creux, un moment de respiration nationale, une parenthèse de recueillement dans un contexte politique sensible.
Et peut-être, à travers les voix qui se sont élevées dans les mosquées, l’ébauche d’un message plus vaste : celui d’un vivre-ensemble à reconstruire, patiemment, entre foi, civisme et espérance.

 

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