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Brazzaville. Dans les salons feutrés de l’hôtel Saint François de l’ACERAC, ce lundi 30 mars 2026, il ne s’agissait pas seulement d’un atelier technique de plus. C’était une alerte. Une mise en garde. Presque un acte de foi. À l’initiative de la Rencontre pour la Paix et les Droits de l'Homme (RPDH), en partenariat avec l’Observatoire Congolais des Droits de l'Homme (OCDH), les acteurs de la société civile congolaise ont pris la mesure d’un paradoxe inquiétant : jamais le pays n’a autant réformé son cadre forestier, et pourtant, jamais l’application de ces lois n’a semblé aussi fragile.
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Une forêt immense, une gouvernance encore vacillante
Avec près de 23,5 millions d’hectares de forêts, soit environ 60 % de son territoire, la République du Congo incarne l’un des poumons verts du bassin du Congo. Un capital écologique stratégique à l’heure où le climat s’emballe.
Mais derrière cette richesse naturelle se cache une réalité plus contrastée. « L’impact des réformes reste en deçà des attentes », a reconnu sans détour Christian Mounzéo, coordonnateur du RPDH, en ouvrant les travaux. Une phrase lourde de sens dans un pays engagé dans de multiples initiatives internationales, de l’APV-FLEGT à l’ITIE, en passant par les engagements climatiques issus de l’Accord de Paris.
Car le Congo réforme. Il légifère. Il s’engage. Mais peine encore à traduire ces ambitions en résultats tangibles sur le terrain.
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Le grand écart entre la loi et la réalité
Adopté en 2020, le Code forestier devait marquer un tournant. Il incarne une volonté affichée de transparence, de durabilité et de respect des droits des communautés locales et des populations autochtones.
Pourtant, dans les échanges nourris de cet atelier, un constat s’impose :
l’architecture juridique existe, mais son application vacille.
Manque de moyens, lenteurs administratives, insuffisance de contrôle, faiblesse des sanctions… autant de freins qui nourrissent un terrain propice aux dérives.
Le juriste Daniel Ndinga, intervenant au nom du GAGDF, a insisté sur la nécessité d’un sursaut : « La gouvernance forestière ne peut rester un chantier inachevé ».
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Transparence : une promesse encore incomplète
Autre point névralgique : la transparence des revenus forestiers.
À la lumière du rapport ITIE 2023, présenté par Sylvie Nadège Mfoutou Banga, le constat est sans appel : malgré les avancées, l’impact économique et social reste marginal.
Le secteur forestier ne contribue qu’à environ 5 % du PIB. Une proportion modeste, au regard des richesses exploitées.
Plus préoccupant encore : les retombées pour les communautés locales et les populations autochtones (CLPA) demeurent limitées. Entre promesses de redistribution et réalités du terrain, le fossé persiste.
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Le GESOP, laboratoire d’un plaidoyer collectif
Face à ces défis, le Groupe des experts sur la synergie des organisations et des plateformes (GESOP) s’impose comme un espace stratégique. Un creuset où se fabrique un plaidoyer commun, à la croisée des enjeux forestiers, fonciers et climatiques.
Sous l’impulsion notamment de Nina Kiyindou, les discussions ont permis d’esquisser les priorités pour 2026 renforcer l’effectivité des réformes
améliorer la transparence des flux financiers
consolider le dialogue entre société civile, État et partenaires techniques
Car au cœur de cette dynamique, une conviction s’affirme : sans synergie, pas de gouvernance durable.
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Coalitions internationales : l’autre levier
Cet atelier s’inscrit dans une ambition plus large : celle du programme « Forêts, Gouvernance, Marchés et Climat » (FGMC II), soutenu par le gouvernement britannique et appuyé techniquement par l’ONG européenne FERN.
L’objectif est clair : tisser des alliances entre pays producteurs et consommateurs, afin d’aligner les exigences commerciales internationales avec les impératifs de durabilité.
Autrement dit, faire de la pression des marchés un levier de transformation, plutôt qu’un facteur de prédation.
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Une urgence politique et écologique
Au fil des discussions, une idée s’impose avec force : la question forestière n’est plus seulement environnementale. Elle est devenue politique, économique et sociale.
Elle touche à la souveraineté, à la justice sociale, à la crédibilité des engagements internationaux.
Et surtout, elle interroge une responsabilité collective :
comment transformer des engagements ambitieux en réalités concrètes pour les populations et les écosystèmes ?
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Le temps des décisions
À l’issue des travaux, une feuille de route se dessine :
identifier clairement les obstacles à l'élaboration des réformes
formuler des recommandations opérationnelles
renforcer le suivi des engagements du Groupe de travail multi-acteurs
Mais au-delà des rapports et des résolutions, c’est une volonté politique renouvelée qui est attendue.
Car dans l’ombre des grandes forêts congolaises, une bataille discrète se joue. Une bataille pour la transparence, pour les droits, pour le climat.
Et cette fois, la société civile entend bien ne plus rester en marge.
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