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À Brazzaville, la jeunesse rallume la flamme du livre :une génération entre pages et pixels

par André LOUNDA 23 Avril 2026, 18:52 Education

Dans un climat pluvieux de l’arrondissement 9 Djiri, au cœur du Complexe scolaire Joseph Perfection Éducation de Massengo Soprogi, les livres ont repris, le temps d’une journée, leur pouvoir ancien : celui de rassembler, d’éveiller et de transformer. Ce jeudi 23 avril 2026, la 11ᵉ édition de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur s’y est déployée comme une ode vibrante à la lecture, sous le regard attentif des autorités et l’enthousiasme contagieux de la jeunesse.

Placée sous le thème ambitieux — « Lecture et formation du citoyen : enjeux pour la jeunesse » —, organisée par le Club des Amis du Livre et des Arts que dirige M. Stève Mayama, la rencontre n’avait rien d’une célébration protocolaire. Elle fut un manifeste. Un appel à réhabiliter le livre dans une époque dominée par l’instantanéité numérique.

Dès les premières heures, l’établissement s’est métamorphosé en agora culturelle. Expositions iconographiques, animations artistiques, échanges entre écrivains et élèves, présentation d’ouvrages : tout concourait à faire du livre un objet vivant. Et dans cette effervescence, une évidence s’imposait — la lecture n’est pas qu’un outil scolaire, elle est une clé d’émancipation.

Le ton fut donné par un élève, dans un discours d’accueil d’une maturité saisissante : « À travers les livres, nous voyageons, nous apprenons et nous grandissons ». Une profession de foi simple, mais d’une portée universelle.

Quand le livre rallume les consciences : le plaidoyer vibrant de Stève Mayama pour une jeunesse lectrice

Dans un monde saturé d’écrans et happé par l’instantanéité, la parole de Stève Mayama a résonné comme un appel au retour à l’essentiel. À l’occasion de la 11ᵉ édition de la Journée mondiale du livre, le coordonnateur du Club des Amis du Livre des Arts et des Sciences a livré un discours de circonstance à la fois solennel et profondément inspirant, rappelant la place irremplaçable du livre dans la construction des esprits.
Dès l’entame, le ton est donné : gratitude et reconnaissance envers une assistance dont la présence « rehausse l’éclat » d’une célébration placée sous le signe du « plaisir de lire ». Mais au-delà des formules protocolaires, c’est une véritable profession de foi en faveur de la lecture qui s’est dessinée, dans un contexte où les habitudes culturelles sont bouleversées par la domination du numérique.

Réhabiliter le livre, urgence éducative
Avec gravité, Stève Mayama a insisté sur la nécessité de « replacer le livre au cœur de la formation de notre jeunesse ». Pour lui, l’enjeu dépasse largement le cadre scolaire : il s’agit de façonner des citoyens éclairés, capables de penser leur environnement et d’agir avec discernement. Le livre, a-t-il martelé, demeure ce « pilier fondamental » qui nourrit l’imaginaire, affine l’esprit critique et éclaire les consciences.
Dans une société en quête de repères, la lecture apparaît ainsi comme un acte presque militant. Lire, ce n’est plus seulement apprendre, c’est résister à la superficialité, retrouver le temps long de la réflexion et cultiver une profondeur devenue rare.
Une célébration tournée vers l’action et la jeunesse
Au-delà du discours, l’événement s’est voulu résolument dynamique. Entre la remise du prix de poésie JPEU 2026, les lectures publiques et les prestations artistiques, tout a été pensé pour éveiller chez les élèves le goût de lire, d’écrire et de s’exprimer. Une ambition claire : faire naître des vocations et redonner au livre sa place dans le quotidien des apprenants.
Le coordonnateur n’a pas manqué de saluer l’implication du Complexe scolaire Joseph Perfection Education, ainsi que l’engagement des partenaires et acteurs culturels, dont la mobilisation témoigne d’une volonté collective de promouvoir la lecture comme levier de développement.
“Lire, c’est se construire” : un message aux accents universels
S’adressant directement aux élèves, Stève Mayama a lancé une invitation simple mais essentielle : faire du livre un compagnon de chaque jour. Derrière cette exhortation se dessine une conviction forte : la lecture est une clé — celle qui ouvre les portes du savoir, mais aussi celle qui éclaire le chemin des peuples vers le progrès.
En conclusion, son message, presque philosophique, a résonné comme une évidence :
« La lecture est la lumière. »
Dans une époque traversée par le doute et la vitesse, cette lumière apparaît plus que jamais nécessaire. Et à travers ce plaidoyer engagé, c’est toute une génération que Stève Mayama appelle à renouer avec le pouvoir silencieux mais immense des livres.

Le livre, une résistance silencieuse
Moment fort de la journée, la première table ronde animée par Madame Jojo Mansounga a rappelé, avec conviction, que lire demeure un acte fondateur. « Le livre nous permet de voyager, de découvrir », a-t-elle insisté, exhortant les jeunes à cultiver cette discipline intérieure qu’exige la lecture. Car lire, c’est apprendre à penser — et à se penser.

Mais c’est la seconde table ronde qui a cristallisé les tensions de notre époque. Face à une jeunesse happée par les réseaux sociaux, l’écrivain Prince Arnie Matoko a posé un diagnostic sans détour :
« Sur les réseaux sociaux, on lit pour exister. Dans les livres, on lit pour comprendre. »
Dans une analyse d’une rare acuité, il oppose deux logiques : celle de l’immédiateté — rapide, fragmentée, addictive — et celle du livre — lente, exigeante, introspective. Lire un roman, explique-t-il, c’est accepter le silence, l’effort et la profondeur, là où les écrans offrent la gratification instantanée.

Un défi de civilisation, en somme.
L’éloge du détail, ou l’intelligence du réel
Autre moment marquant, l’intervention du professeur Roger Armand Makany, venu présenter son ouvrage « Management par les détails ». Avec une éloquence teintée d’expérience, il a déconstruit l’illusion de « l’essentiel » :
« Aller à l’essentiel est un piège. Ce sont les détails que l’on nous demande d’ignorer qui font la différence. »
Dans une démonstration presque philosophique, il rappelle que les grandes nations se construisent sur l’attention portée aux détails — ces éléments invisibles qui, cumulés, forgent l’excellence. Une leçon de rigueur et de lucidité, saluée par un auditoire conquis.

Quand la jeunesse prend la parole
Au-delà des discours, la journée a vibré au rythme des talents. Concours de poésie, slam incandescent, journal télévisé réalisé par les élèves : la créativité s’est exprimée sans filtre. Le recueil « Les poèmes spontanés » a notamment révélé une jeunesse sensible, engagée, en quête de sens.
Et lorsque les mots se sont faits musique, dans un slam enflammé, c’est toute une génération qui a parlé — avec ses doutes, ses rêves et ses colères.
Une cérémonie, un symbole
La remise des prix et diplômes, concluant la journée, a consacré les lauréats du concours de poésie, mais surtout célébré une idée : celle que le livre reste, malgré tout, un pilier de la construction citoyenne.
Dans un monde saturé d’images et de notifications, cette 11ᵉ édition aura rappelé une vérité essentielle : lire, c’est résister.

🖋️ Commentaire :
À Brazzaville, cette célébration dépasse le simple cadre scolaire. Elle révèle une fracture — mais aussi une promesse. Entre le flux incessant des réseaux sociaux et la profondeur du livre, la jeunesse congolaise est à la croisée des chemins.
Le défi n’est plus de produire des lecteurs, mais de former des esprits capables de choisir la lenteur dans un monde pressé. Car au fond, l’avenir ne se joue pas seulement dans les grandes idées, mais dans ces « détails » chers au professeur Makany — ceux que seuls les lecteurs attentifs savent encore voir.

 

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