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À Moungali, quartier populaire de Brazzaville, l’Assemblée Chrétienne Sycomore s’est transformée, le temps d’une journée, en une véritable agora spirituelle. Ce samedi 25 avril 2026, le Conseil Supérieur des Églises de Réveil du Congo (COSERCO), département de Brazzaville, y a organisé un « Grand Culte de Prière pour la Nation » qui, au-delà de sa dimension religieuse, a pris les contours d’un moment de mobilisation collective aux accents quasi politiques.
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Dès les premières heures, les fidèles affluent, venus des différents arrondissements de la capitale, mais aussi de Kintélé et de l’Île Mbamou. Dans une atmosphère dense, rythmée par les chants et les intercessions, l’événement s’inscrit sous le sceau du Psaume 33, verset 12 : « Heureuse la nation dont l’Éternel est le Dieu ». Une formule qui, ici, prend valeur de programme.
Autour de l’apôtre Harold Ngouka, maître de cérémonie, se tient une constellation de figures majeures du paysage évangélique congolais : le Révérend Pasteur Germain Loubota, président du Conseil national du COSERCO, le Révérend Bishop, Prophète Bruno Eugène Nguehouya, président du Bureau exécutif, ainsi que plusieurs responsables ecclésiastiques. Leur présence conjointe, rare, donne à la rencontre une dimension d’unité institutionnelle soigneusement mise en scène.
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Mais c’est dans la parole que se joue l’essentiel.
Prenant la parole dans un silence attentif, le Prophète Bruno Eugène Nguehouya déroule un sermon à la fois doctrinal et profondément ancré dans les réalités sociales. Son propos s’articule autour d’une idée centrale : la crise des nations est d’abord une crise des relations humaines. « Avant de prier, réconcilie-toi », insiste-t-il, reprenant un principe évangélique fondamental. Derrière cette injonction, une critique implicite des fractures qui traversent la société congolaise — rivalités, ressentiments, divisions latentes. La spiritualité, dans cette lecture, ne peut être dissociée du lien social : elle en est la condition de restauration.
Le prédicateur pousse plus loin la réflexion en convoquant l’image du corps, inspirée de l’épître aux Éphésiens. Chaque croyant, chaque responsable, chaque institution est appelé à jouer son rôle — ni plus, ni moins. « L’usurpation des fonctions est une source de désordre », prévient-il, dans une allusion à peine voilée aux tensions internes qui peuvent traverser aussi bien les Églises que les structures publiques.
Le troisième axe de son message, celui de l’unité, résonne avec une acuité particulière. « Une maison divisée ne peut subsister », rappelle-t-il, élargissant le propos à la famille, à l’Église, mais aussi à la nation tout entière. Dans un pays marqué par des clivages historiques, l’appel sonne comme une exhortation à dépasser les appartenances fragmentées.
Enfin, le Prophète Nguehouya inscrit son discours dans une temporalité prophétique. Selon lui, « le temps de la sortie est révolu ; le temps de la conquête est venu ». Une formule forte, qui invite les fidèles à passer d’une posture d’attente à une dynamique d’action et de responsabilité. Il appelle ainsi à une « maturité spirituelle » permettant au peuple de « prendre possession de son héritage », dans une lecture théologique de l’histoire nationale.
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À la suite de cette prédication, le culte se prolonge par une série de prières d’intercession, structurées autour de huit axes majeurs : reconnaissance pour la paix électorale, demande de pardon pour la nation, quête d’unité, appel à la justice, lutte contre le tribalisme et le régionalisme, soutien aux serviteurs de Dieu malades, prière pour l’Église et, enfin, intercession pour le nouveau gouvernement.
Sur ce dernier point, le Révérend Pasteur Germain Loubota prend la parole dans un registre plus directement politique. Il rappelle que la paix observée lors des récentes échéances électorales est, selon lui, le fruit d’un engagement spirituel constant. « Cette paix, nous l’avons obtenue par la prière », affirme-t-il, inscrivant l’action du COSERCO dans une continuité remontant aux scrutins précédents.
Dans une vision assumée, il présente les Églises comme « dépositaires de la paix », héritée du message du Christ. Une manière de revendiquer un rôle moral dans la régulation de la vie publique, à distance des institutions politiques mais non sans influence.
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La prière pour le gouvernement nouvellement formé, dans le sillage de l’élection présidentielle, vient ainsi consacrer une forme de légitimation spirituelle des autorités. Non pas une adhésion politique explicite, mais une reconnaissance du principe d’autorité comme relevant, en dernière instance, de la souveraineté divine.
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Le culte s’achève dans une atmosphère à la fois solennelle et structurée, avec la présentation des différentes instances du COSERCO — des bureaux d’arrondissements jusqu’au niveau national — suivie de la remise d’outils de travail. Un geste qui traduit une volonté d’organisation et d’ancrage territorial.
Au terme de cette journée, une ligne de force se dégage : à Brazzaville, la prière ne se limite plus à l’espace du sacré. Elle devient un langage pour penser la nation, un outil de cohésion, voire un levier d’influence. Dans un contexte où les repères institutionnels sont souvent questionnés, les Églises de réveil entendent occuper un espace singulier : celui d’une autorité spirituelle qui, sans gouverner, cherche à orienter.
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