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CONGO : À MASSENGO, LA NUIT OÙ L'ESPÉRANCE A PRIS LA PAROLE

par André LOUNDA 13 Avril 2026, 13:45 Religion

Dans la ferveur d’un culte prophétique, foi et destin national s’entrelacent

À Massengo, dans le 9ᵉ arrondissement de Djiri, la nuit du samedi 11 avril n’avait rien d’ordinaire. Sous un ciel lourd de silence et d’attente, l’Assemblée d’Alliance de Sang s’est transformée en une cathédrale à ciel ouvert, où les voix humaines semblaient chercher à dialoguer avec l’invisible. Organisé par l’apôtre Brasphen Bowao, en collaboration avec le Conseil Supérieur des Églises de Réveil du Congo (COSERCO), ce grand culte d’Action de Grâce pour la paix et l’avenir du pays n’a pas seulement rassemblé des fidèles : il a convoqué une nation entière dans une liturgie de l’espérance.

Une liturgie entre ferveur et tension spirituelle
Dès les premières notes de louange, portées par les chantres et la voix vibrante du frère Rodrigues Obanda, l’atmosphère s’est densifiée. Les corps se sont levés, les mains tendues vers le ciel, comme pour saisir une promesse encore invisible.

Puis vint le temps de la repentance, moment suspendu où les mots semblaient peser davantage que les silences. L’invocation du Saint-Esprit, la prière d’autorité et la proclamation de victoire ont progressivement installé une tension presque palpable — comme si, dans l’air, se jouait autre chose qu’un simple culte.
Le Révérend Président Bitsy, en ouvrant la célébration, a posé les fondations d’une soirée qui allait rapidement quitter le terrain du rituel pour s’aventurer sur celui du destin national.

« Le Congo n’est pas malade » : la charge prophétique
Premier à prendre la parole, l’apôtre Jean, dit Fils du Tonnerre, n’a pas ménagé son auditoire. Dans une prédication dense, traversée de références bibliques et de visions spirituelles, il a renversé un discours devenu courant : « Le Congo n’est pas malade. Le Congo est béni. »
Pour lui, le mal n’est pas dans la terre — riche de ses fleuves, de ses forêts et de son sous-sol — mais dans l’homme. Une inversion du regard, presque une mise en accusation collective.

Évoquant le prophète Jérémie, il a rappelé que l’espérance naît souvent au cœur des épreuves. « Dieu est le maître des temps et des circonstances », a-t-il martelé, appelant les Congolais à ne pas céder au découragement, mais à renouer avec leur identité spirituelle : celle d’un peuple appelé à dominer et non à subir.
Dans un élan théologique audacieux, il a convoqué les Psaumes pour rappeler à l’homme sa dignité originelle : « Vous êtes des dieux ». Une affirmation qui, dans l’assemblée, a résonné comme une invitation à sortir du complexe d’infériorité et à reprendre autorité sur le réel.

L’ombre d’un « nouvel ordre »
Mais au-delà du message d’espérance, un autre thème, plus inquiet, a traversé la prédication : celui d’un « nouvel ordre » appelé à s’établir dans les jours à venir, notamment autour du 16 avril.
Question lancinante : où est l’Église dans cette recomposition annoncée ? Où sont les prophètes, les veilleurs, les voix capables d’interpréter les signes du temps ?
Dans cette interrogation, certains ont cru entendre une alerte, presque un appel à la mobilisation spirituelle face à des mutations encore floues, mais jugées décisives.

« Il y a de l’espérance » : la foi comme résistance
Le second orateur, le Révérend pasteur Génèse Mabounda Louba, secrétaire général du COSERCO, a prolongé cette dynamique en recentrant le message sur l’essentiel : l’espérance comme socle de la foi.
À plusieurs reprises, il a fait répéter à l’assemblée : « Il y a de l’espérance pour ce pays. »
Une litanie, presque un acte de résistance intérieure face au doute ambiant.
Pour lui, la crise la plus profonde n’est ni économique ni politique : elle est spirituelle. « Nous avons perdu l’espoir », a-t-il déploré, appelant à une reconquête de la foi comme moteur d’action et de transformation.

Une nation en prière
À Massengo, ce soir-là, il ne s’agissait pas seulement de prier pour soi, mais pour un pays tout entier. Dans les chants, les cris, les silences, une même aspiration : voir le Congo réconcilié avec lui-même, réinscrit dans un destin de paix et de prospérité.
Dans cette ferveur, certains ont vu une simple expression religieuse. D’autres, plus attentifs, y ont perçu les frémissements d’un imaginaire collectif en quête de renouveau.
Car au fond, derrière les mots, une conviction persistait, presque obstinée :
l’avenir du Congo ne serait pas seulement une affaire d’hommes, mais aussi — et peut-être surtout — une affaire de foi.

 

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