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FOLIRE 2026: À Brazzaville, la jeunesse rallume les flammes des mots

par André LOUNDA 21 Avril 2026, 13:21 Culture et Arts

Sous les jacarandas discrets de Moungali, le Centre culturel Zola a connu, ce 18 avril, une effervescence rare. Comme un murmure devenu clameur, la première édition de la Foire du Livre — FOLIRE — s’y est imposée avec une ambition claire : rendre à la lecture son éclat, et à la jeunesse congolaise sa voix.
À l’initiative du Cercle Mouvement d’Éveil à la Jeunesse, dirigé par Bayonne Tchikounh, l’événement n’a rien d’un simple rendez-vous littéraire. Il s’apparente plutôt à une déclaration d’intention. « Lire, ce n’est pas seulement accumuler des mots… c’est se dire à exister dans le monde », martèle son président dans un discours d’ouverture habité, presque manifeste.

Dans une ville où le livre peine parfois à rivaliser avec l’immédiateté du numérique, FOLIRE s’érige en bastion. Mieux : en laboratoire d’idées. Au programme, une immersion dans l’œuvre de Henri Djombo, dont le roman Une semaine au Kinango dissèque, sous couvert de fiction, les fractures d’une société en tension. Aux côtés du professeur Édouard Ngamountsika et du Docteur-chercheur Roselyn Mbemba, l’auteur a vu son texte passé au crible : style incisif, portée pédagogique, et surtout, résonance sociale.
Car Kinango, ce territoire imaginaire envahi par des fourmis magnans, n’est qu’un miroir à peine déformé des réalités africaines : corruption, déliquescence des institutions, et quête de responsabilité collective.

 Une littérature qui dérange, donc essentielle.
En contrepoint, James Gassongo propose avec Les Malades en vadrouille une plongée dans une autre forme de désordre : celui des esprits et des sociétés. Derrière la métaphore de la démence, c’est toute une critique du monde contemporain qui s’esquisse — un monde où la maladie n’est pas toujours là où on l’attend.

Dans les allées du centre, étudiants, lycéens et passionnés se pressent. Certains découvrent, d’autres redécouvrent. Tous participent. Le concours de lecture expressive, moment phare, donne à entendre une jeunesse vibrante, déterminée à ne plus rester en retrait. « Ce ne sont pas seulement des lecteurs, mais les voix d’une génération », insiste Didier Messie Lélékat, coordonnateur de l’événement, visiblement ému par l’affluence.
Lui parle d’« expérience ». Et le mot n’est pas galvaudé. Car FOLIRE dépasse le cadre de la foire : elle devient agora, au sens antique, où la parole circule, se confronte, s’affirme. Une tentative audacieuse dans un contexte où la lecture semble parfois reléguée au second plan.
À l’issue des échanges, Henri Djombo lui-même salue « une initiative à soutenir », appelant à une mobilisation accrue des écrivains et du public. Comme une évidence : la culture ne vit que si elle se partage.

Commentaire
FOLIRE 2026 n’est pas qu’un événement culturel naissant : c’est un signal. Dans un pays où la transmission du savoir fait face à de multiples défis, cette foire du livre agit comme un rappel salutaire — celui que la lecture demeure un levier d’émancipation irremplaçable.
Reste à transformer l’essai. Car une journée, aussi réussie soit-elle, ne suffira pas à inverser durablement les tendances. L’enjeu est désormais de pérenniser cette dynamique, d’élargir son audience, et surtout d’ancrer le livre dans le quotidien des jeunes Congolais.
En somme, FOLIRE pose une question simple mais décisive : et si l’avenir du Congo s’écrivait, d’abord, dans ses livres ?

 

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