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Foncier : la guerre des terres est déclarée

par André LOUNDA 28 Avril 2026, 10:47 Politique .

Dans les couloirs feutrés du ministère des Affaires foncières, le passage de témoin n’a rien d’une simple formalité administrative. Il a des allures de transmission stratégique, presque martiale. Hier, à Brazzaville, le nouveau ministre, Jean-Marc Thystère-Tchicaya, a officiellement pris les rênes d’un portefeuille explosif, où se mêlent enjeux économiques, tensions sociales et convoitises foncières.

Face à lui, le ministre d’État sortant, Pierre Mabiala, n’a pas livré un simple bilan. Il a dressé, avec gravité, le tableau d’un champ de bataille où l’État peine encore à imposer son autorité face aux spoliateurs du domaine public. « La protection des biens de l’État est un challenge permanent », a-t-il martelé, comme pour prévenir son successeur : ici, le terrain est aussi politique que physique.
Car le cœur du combat est bien là : sur le terrain. Là où les agents de l’État, reconnaissables à leurs tenues orange, affrontent pressions, intimidations et parfois violences. Ces « gardes » du domaine public – surnommés avec une pointe d’ironie locale les « gardes de manioc » – incarnent une première ligne fragile mais essentielle. Une réforme majeure est en gestation : leur conférer un statut paramilitaire, à l’image des eaux et forêts ou des douanes. Une évolution qui en dit long sur la nature du défi à relever.

Autre dossier brûlant : les déguerpissements. Sujet sensible entre tous, où se cristallisent frustrations populaires et impératifs de légalité. Là encore, l’équilibre sera délicat à trouver entre fermeté de l’État et gestion sociale des expulsions.
Dans ce contexte tendu, Jean-Marc Thystère-Tchicaya n’a pas cherché à rompre avec l’héritage de son prédécesseur. Bien au contraire. Dans une déclaration sobre mais déterminée, il a revendiqué une ligne de continuité, tout en promettant une montée en puissance de l’action publique. « Consolider, accélérer et transformer », tel est le triptyque qu’il entend imprimer à son mandat.

Sécurisation des droits fonciers, modernisation de la gestion des terres, valorisation du domaine public : les axes sont clairs. Mais derrière ces mots, une ambition plus large se dessine : faire du foncier non plus une source de conflits, mais un levier de développement et d’attractivité économique.
Reste à savoir si cette volonté politique saura résister à l’épreuve du terrain. Car au Congo, la terre ne se contente pas d’être un bien : elle est un pouvoir. Et parfois, un affrontement.

 

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