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Crédits photo Présidence de la République
Dans une allocution dense, lyrique et profondément panafricaine, le président congolais a transformé la Journée de l’Afrique en tribune historique. Entre hommage aux martyrs des indépendances, plaidoyer pour une Afrique souveraine et annonce spectaculaire de la suppression des visas pour les Africains dès 2027, Brazzaville a renoué avec le souffle des grandes heures du panafricanisme.
Dans la salle solennelle du Centre international de conférences de Kintélé, les drapeaux africains semblaient danser au rythme d’un même récit : celui d’un continent qui refuse désormais d’être relégué aux marges du monde.
Face aux chefs d’État, diplomates, responsables de l’Union africaine et dirigeants de la Banque africaine de développement réunis à Brazzaville pour les Assemblées annuelles de la BAD, Denis Sassou Nguesso n’a pas livré un simple discours protocolaire.
Il a déroulé une fresque historique.
Une traversée de l’Afrique meurtrie, combattante, résiliente et ambitieuse.
Le continent des sacrifices et des géants
Dès les premières minutes de son allocution, le chef de l’État congolais a donné le ton : la Journée de l’Afrique n’est pas une célébration ordinaire. Elle est, selon lui, « le couronnement des combats menés par les Pères des indépendances africaines ».
Dans une longue évocation chargée d’émotion, il a convoqué les grandes figures tombées pour la liberté du continent : Patrice Lumumba, Amílcar Cabral, Samora Machel, Steve Biko ou encore Marien Ngouabi.
Puis vinrent les bâtisseurs du rêve africain : Kwame Nkrumah, Julius Nyerere, Ahmed Sékou Touré, Nelson Mandela, Gamal Abdel Nasser ou encore Barthélemy Boganda.
À travers eux, Denis Sassou Nguesso a voulu rappeler une vérité simple : les indépendances africaines ne furent pas offertes ; elles furent arrachées au prix du sang.
« Les grands hommes ne meurent jamais », a-t-il lancé dans une salle soudain silencieuse.
Réhabiliter la grandeur africaine
Mais le président congolais ne s’est pas limité à la mémoire politique. Son discours a aussi pris une dimension civilisationnelle.
Citant l’écrivain romain Pline l’Ancien et sa célèbre interrogation — « Quelle nouveauté nous vient d’Afrique ? » — Denis Sassou Nguesso a retourné le regard longtemps porté sur le continent.
À ceux qui ont réduit l’Afrique à un espace de misère ou d’étrangeté, il a opposé la grandeur des civilisations pharaoniques, la puissance de Mansa Moussa, les découvertes archéologiques du Rift africain et les origines africaines de l’humanité.
Le propos était clair : l’Afrique ne doit plus être racontée par ses blessures, mais par sa centralité dans l’histoire du monde.
« L’Afrique est le berceau de l’humanité », a-t-il martelé, avant d’ajouter que le continent pourrait devenir « la clé du futur de l’humanité » face aux bouleversements climatiques et énergétiques.
Le continent des ressources et des défis
Forêts du Bassin du Congo, fleuves géants, minerais stratégiques, potentiel hydroélectrique, jeunesse démographique : le chef de l’État a dressé le portrait d’une Afrique riche de ressources mais encore insuffisamment transformées en puissance économique.
À l’horizon 2050, a-t-il rappelé, le continent comptera 2,5 milliards d’habitants, majoritairement jeunes.
Une force démographique que Denis Sassou Nguesso considère comme un levier historique à condition que l’Afrique investisse massivement dans les infrastructures, l’énergie et l’intégration régionale.
Il a notamment insisté sur la Zone de libre-échange continentale africaine, présentée comme l’un des piliers du « panafricanisme économique ».
Routes, chemins de fer, ports, réseaux énergétiques : pour lui, aucun développement africain ne sera possible sans grands projets structurants portés collectivement.
L’annonce qui a électrisé Kintélé
Puis vint le moment le plus attendu de cette allocution.
Dans une salle suspendue à ses mots, Denis Sassou Nguesso a annoncé qu’à compter du 1er janvier 2027, les ressortissants africains pourront entrer en République du Congo sans visa, sous réserve de formalités administratives et sécuritaires minimales.
Une décision saluée par de longs applaudissements.
Ce geste, à forte portée symbolique, place le Congo dans le cercle encore restreint des pays africains engagés concrètement en faveur de la libre circulation continentale.
À travers cette mesure, Brazzaville veut donner un contenu tangible au rêve panafricain longtemps cantonné aux déclarations politiques.
Une Afrique qui veut parler d’une seule voix
Au fil de son discours, un message s’est imposé avec constance : l’Afrique ne peut plus avancer en ordre dispersé.
Face aux crises du Sahel, aux conflits en Libye, au Soudan ou dans l’Est de la République démocratique du Congo, le président congolais a appelé à davantage de solidarité continentale.
« Chaque fois qu’ils se sont mis ensemble, les pays africains ont été capables de grandes victoires », a-t-il insisté.
Au Centre International de Conférence de Kintélé, cette Journée de l’Afrique aura ainsi dépassé le cadre cérémoniel.
Elle aura été un acte politique.
Le moment où un continent, fort de son histoire et conscient de ses atouts, a commencé à parler moins de survie que de puissance, moins de dépendance que de souveraineté.
Et où le Congo a choisi de faire du panafricanisme non plus seulement un discours, mais une frontière ouverte sur l’avenir.
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