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Au Centre international de conférences de Brazzaville, ce mardi 26 mai 2026, l’Afrique a signé bien davantage qu’un simple mémorandum. Dans le huis clos solennel de la salle de presse, c’est une vision du continent qui s’est dessinée : celle d’une Afrique qui fait de sa démographie une force économique, de la santé des femmes un levier de prospérité, et de l’investissement humain la matrice de sa renaissance.
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Face à la presse internationale réunie à l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, la directrice exécutive de l’UNFPA et secrétaire générale adjointe des Nations unies, Madame Diene Keita, et le président du Groupe de la BAD, le Dr Sidi Ould Tah, ont officialisé le renouvellement d’un partenariat vieux de plus de trois décennies.
L’instant avait valeur de symbole. Il portait aussi le poids d’une urgence continentale.
Car derrière les formules diplomatiques et les poignées de main protocolaires, c’est une bataille silencieuse que les deux institutions entendent mener ensemble : celle de la dignité des femmes africaines, de la réduction drastique de la mortalité maternelle, et de la transformation du dividende démographique en moteur de croissance durable.
Le pari de l’Afrique humaine
Dans une allocution dense et résolument tournée vers l’action, le président de la BAD a donné le ton.
« Nous ne signons pas simplement un document. Nous gravons dans le marbre une conviction commune », a-t-il déclaré, avec gravité.
Le Dr Sidi Ould Tah a rappelé la fécondité historique de cette coopération, marquée notamment par l’appui décisif apporté au cinquième recensement général de la population en Côte d’Ivoire ainsi qu’à l’élaboration de son plan national de développement.
Mais à ses yeux, l’enjeu dépasse désormais la seule coopération technique.
Pendant trop longtemps, a-t-il regretté, le monde a opposé croissance économique et droits humains, comme s’il fallait choisir entre performance financière et justice sociale.
« La BAD et l’UNFPA démontrent aujourd’hui qu’il s’agit des deux faces d’une même médaille. »
Pour lui, l’Afrique doit changer de paradigme : passer de la gestion défensive de la croissance démographique à un investissement offensif dans son potentiel humain.
Et les chiffres plaident en faveur de cette ambition : l’autonomisation économique des femmes pourrait ajouter jusqu’à 2 500 milliards de dollars au PIB africain.
Une projection qui, loin d’être théorique, fonde l’un des quatre axes stratégiques de sa présidence : faire du dividende démographique une richesse économique tangible.
Mettre fin au scandale silencieux
À son tour, Madame Diene Keita a livré un discours à la fois puissant et profondément incarné.
Saluant « le leadership visionnaire » du président de la BAD, elle a insisté sur la portée historique de cette alliance renouvelée.
« L’Afrique représente encore près de 70 % des décès maternels dans le monde. Ce chiffre n’est pas une fatalité ; c’est un défi politique et moral. »
Dans une salle soudain suspendue à ses mots, elle a rappelé cette évidence souvent oubliée : il ne peut y avoir de prospérité sans santé, ni de transformation économique durable sans protection effective des femmes.
Derrière chaque décès maternel évitable, a-t-elle martelé, se cachent des défaillances connues : pénurie de personnels qualifiés, insuffisance d’infrastructures, accès inégal aux soins de qualité.
Et c’est précisément là que ce partenariat prend tout son sens.
L’UNFPA et la BAD entendent repositionner les enjeux démographiques — santé reproductive, santé maternelle, transition démographique — au cœur des stratégies économiques nationales.
Autrement dit : faire entrer la question de la vie des femmes dans les arbitrages budgétaires des ministères des Finances.
Une révolution silencieuse. De la donnée à la décision
Concrètement, l’accord prévoit un accompagnement renforcé des États africains dans la collecte de données démographiques fiables, l’identification des déficits de financement et la conception de cadres d’investissement adaptés.
L’objectif est clair : donner aux gouvernements africains les outils nécessaires pour traduire les priorités démographiques en politiques publiques financées, mesurables et efficaces.
Au-delà du financement public, les deux institutions souhaitent également mobiliser le secteur privé autour d’investissements à fort impact social en faveur des femmes et des jeunes.
Un choix stratégique.
Car c’est là que se joue l’avenir d’un continent dont plus de 60 % de la population a moins de 25 ans.
Brazzaville, carrefour d’une nouvelle ambition africaine
Que cette signature ait eu lieu à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles de la BAD, n’a rien d’anodin.
La capitale congolaise devient, l’espace de quelques jours, l’épicentre d’une réflexion continentale sur le financement du développement africain.
Et dans ce débat, une certitude s’impose désormais : le capital humain n’est plus une variable d’ajustement, mais la première richesse stratégique de l’Afrique.
En renouvelant leur alliance, la BAD et l’UNFPA lancent un message clair au continent et au reste du monde : l’Afrique n’attendra plus qu’on investisse en elle ; elle choisit d’investir en elle-même, à commencer par ses femmes et sa jeunesse.
C’est peut-être là, au fond, la véritable signature de ce jour.
Non celle d’un protocole.
Mais celle d’un destin.
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