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À Brazzaville, le Congo affine sa riposte institutionnelle contre les violences basées sur le genre

par André LOUNDA 18 Mai 2026, 12:17 Société

Sous l’impulsion du ministère du Plan, de la Statistique et de la Prospective, et avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale à travers le projet ProClimat, un atelier stratégique s’est ouvert ce 18 mai à Brazzaville pour valider un dispositif national inédit de référencement et de prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre, d’exploitation et abus sexuels, ainsi que de harcèlement sexuel (VBG/EAS/HS). Une étape décisive dans la structuration d’une réponse publique adaptée aux réalités territoriales du Congo.

Durant deux jours, experts sectoriels, représentants institutionnels, partenaires techniques et acteurs de terrain sont réunis autour d’un enjeu majeur : transformer un ensemble de données dispersées en un mécanisme national cohérent, opérationnel et immédiatement mobilisable pour protéger les survivantes.

Au cœur des travaux : la validation des protocoles et circuits de référencement, ainsi qu’une base de données nationale issue de la cartographie exhaustive des prestataires spécialisés.
Pour Mexans Sosthène Mayoukou, coordonnateur du projet ProClimat, cette cartographie marque une avancée structurante dans la politique publique de protection sociale : « Ce travail a été conduit sous le leadership du ProClimat, avec l’appui déterminant de projets partenaires tels que le PAGIR et le PESPEGI, ainsi que du Programme national de lutte contre les violences relevant du ministère de la Promotion de la femme. »
Cette architecture collaborative, soutenue par la Banque mondiale, vise à dépasser les approches cloisonnées qui limitaient jusqu’ici l’efficacité de la prise en charge.
Le projet couvre un maillage territorial ambitieux. Depuis Ouesso, au nord du pays, jusqu’aux zones relevant du Djoué-Léfini, en passant par la Likouala, la Sangha, la Cuvette, la Cuvette-Ouest et le nouveau département du Congo-Oubangui, le dispositif entend garantir une réponse homogène, sans ignorer les disparités locales.
Mais derrière l’ambition institutionnelle, c’est la réalité concrète du terrain qui guide les échanges.
Prenant la parole, Roselyn Tsonga a rappelé que cet atelier ne saurait être un simple exercice administratif. « Nous validons ici un document national, non un document propre au ProClimat », a-t-il insisté, appelant les participants à une lecture critique et exigeante.
Car la question essentielle demeure : les circuits proposés correspondent-ils réellement aux contraintes vécues dans les localités concernées ?

Dans certaines zones rurales enclavées, l’absence de réseau téléphonique ou l’éloignement des structures sanitaires rendent inopérantes les procédures théoriques conçues depuis les centres urbains.
Que faire lorsqu’une survivante doit être prise en charge en urgence sans possibilité d’alerter les services compétents ? Quelle articulation prévoir entre santé, justice, action sociale et sécurité lorsqu’aucune connexion immédiate n’est possible ?
Autant de situations concrètes que les participants sont appelés à intégrer dans la version finale du dispositif.

L’approche retenue se veut holistique, articulant prévention, référencement, accompagnement psychosocial, prise en charge médicale, suivi judiciaire et réinsertion.
La cartographie nationale, élaborée en amont, a permis d’identifier les structures existantes. Mais comme l’ont relevé plusieurs intervenants, certaines d’entre elles n’apparaissent pas encore dans les circuits proposés.

L’atelier doit donc combler ces angles morts.
« Si cette étape est manquée, le document sera appliqué tel quel », a averti Roselyn Tsonga, soulignant l’importance des contributions des acteurs présents.
Au-delà de l’exercice technique, cet atelier révèle une évolution plus profonde : la volonté croissante de l’État congolais d’institutionnaliser une réponse systémique aux violences faites aux femmes et aux personnes vulnérables, en inscrivant cette lutte dans la planification nationale du développement.

À travers ProClimat, projet initialement centré sur la résilience climatique, le Congo esquisse ainsi une conception élargie de la vulnérabilité : une société durable ne se construit pas seulement contre les dérèglements environnementaux, mais aussi contre les violences invisibles qui fracturent silencieusement son tissu social.
À Brazzaville, ces deux journées de validation pourraient ainsi poser les fondations d’un instrument appelé à devenir une référence nationale — à condition que la parole du terrain y soit pleinement entendue.

 

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