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À Brazzaville, ZAO transmet le flambeau : quand la légende congolaise parle à la jeunesse

par André LOUNDA 22 Mai 2026, 08:29 Education

À 73 ans, une canne à la main mais la voix intacte, l’icône de la musique congolaise Zoba Casimir, dit Zao, a offert jeudi 21 mai à Brazzaville une leçon de vie, de courage et de transmission aux élèves de l’École Américaine du Plateau des 15 Ans et de l’École Internationale Espoir du Pays. Une rencontre rare, à quelques semaines de son retour très attendu sur scène, le 4 juillet prochain, lors de la cérémonie d’émulation scolaire clôturant l’année académique 2025-2026.

Dans la salle, le silence des grands moments. Devant lui, des dizaines de visages attentifs, parfois intimidés, souvent émerveillés. Face à eux, un monument vivant de la musique africaine, auteur de chansons devenues patrimoine populaire, venu non pour célébrer sa gloire passée, mais pour semer chez les plus jeunes les graines de l’exigence, du goût et de la persévérance.
Avec cette simplicité qui fait les grands, ZAO a parlé sans détour de son métier, de son parcours, de ses blessures aussi. K« On n’arrête pas comme ça. Ce métier ne s’arrête jamais. Je suis artiste jusqu’à la mort », a-t-il lancé, évoquant avec émotion la disparition sur scène de Papa Wemba, figure tutélaire de la musique africaine.

Pour lui, l’art ne connaît pas de retraite. Il est vocation, responsabilité, sacerdoce.
« Je continue à chanter pour éduquer les enfants, pour l’humanité. C’est très important. »
Dans ses mots, une conviction profonde : la musique n’est pas simple divertissement. Elle est une école parallèle, un instrument de formation morale et intellectuelle.
S’adressant aux élèves, il a insisté sur l’importance de cultiver l’esprit dès le plus jeune âge. « Quand le maître donne des cours, il faut suivre. Commencez à écrire des poèmes. Nous aussi, très jeunes, nous écrivions déjà. »
Un rappel précieux à l’heure où l’immédiateté numérique concurrence souvent l’effort patient de l’apprentissage.
Puis vint l’avertissement, presque paternel : « N’écoutez pas n’importe quelle musique. La musique peut rendre heureux, mais elle peut aussi désaxer. Elle peut détruire si elle n’a pas de moralité. Il faut savoir choisir. »
Rarement l’éducation artistique aura été formulée avec autant de clarté.
Mais le moment le plus poignant survint lorsqu’il évoqua l’épreuve qui a failli l’emporter : un AVC, dont il porte encore les séquelles visibles.
Entré dans la salle appuyé sur une canne, ZAO n’a rien caché de son combat. « Je ne suis pas né comme ça. J’ai fait un accident vasculaire cérébral. Beaucoup ne se relèvent jamais. Mais je me bats, et je me battrai jusqu’au bout. Le 4 juillet, je serai là. »
Cette déclaration, accueillie par une salve d’applaudissements, a donné à l’instant une dimension presque testamentaire : celle d’un homme debout contre l’adversité, fidèle à sa mission de transmettre.

Interrogé après la rencontre, l’artiste s’est dit revigoré par cet échange. « Être devant ces enfants me donne de la santé. Cela me redonne de la joie. »
Mais derrière l’émotion affleure une inquiétude : celle de voir les jeunes générations se couper peu à peu de leur héritage musical. « Nos enfants doivent écouter nos propres musiques. Elles ont une fonction thérapeutique. Elles soignent. »
Il a promis de transmettre aux établissements un recueil de chansons scolaires de son enfance, ce répertoire qui fit chanter toute une génération congolaise et qu’il considère comme une mémoire à préserver.
Pour Monsieur Borja Likibi, coordonnateur culturel de l’École Américaine du Plateau des 15 Ans, cette initiative répond à une ambition claire : rapprocher les enfants des grandes figures culturelles nationales. « Nos élèves devaient connaître l’artiste avant sa prestation du 4 juillet. C’est une volonté du couple promoteur, Monsieur et Madame Malonga : transmettre aux enfants une mémoire vivante. »

Le rendez-vous du 4 juillet, prévu au Palais des Congrès de Brazzaville, réunira les deux établissements scolaires en partenariat avec la Fondation Espoir du Pays et la Banque Congolaise de l’Habitat. La journée mêlera émulation scolaire, prestations artistiques et célébration culturelle intergénérationnelle.
Et ZAO y fera revivre quelques-uns de ses classiques : Ancien combattant, Sorcier ensorcelé, Moustique, Lembéka Ntimani, Soulard.
Des titres qui ont traversé les décennies et qui, le temps d’une soirée, viendront rappeler à une jeunesse en devenir qu’un peuple qui cesse d’écouter ses chants finit toujours par oublier son histoire.
Jeudi, à Brazzaville, ce n’était pas seulement une rencontre entre un artiste et des élèves.
C’était une transmission. Une relève. Une mémoire qui refusait de s’éteindre.

 

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