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 Brazzzaville, la BAD et le Nigeria veulent faire décoller l'Afrique

par André LOUNDA 28 Mai 2026, 12:44 International

Au cœur des 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), organisées à Brazzaville, le ciel africain s’est invité au centre des débats économiques. Ce jeudi 28 mai 2026, dans la salle de presse du Centre international de conférences de Kintélé, la signature d’un accord de partenariat entre le ministère nigérian de l’Aviation civile et du Développement aérospatial et la BAD a pris des allures de manifeste continental.

Derrière les poignées de mains protocolaires et les formules diplomatiques, un message s’est imposé avec force : l’Afrique ne pourra prétendre à l’intégration économique sans conquérir sa propre connectivité aérienne.
La Banque africaine de développement était représentée par Monsieur Salawou Mike, directeur du PICU-AfDB, tandis que le Nigeria avait dépêché son ministre de l’Aviation et du Développement aérospatial, Festus Gwaréwa Keyamo SAN CON, figure centrale de la stratégie aérienne d’Abuja.

Dans un discours dense et offensif, Salawou Mike a dépassé le simple cadre technique de l’accord pour dresser un constat sévère du retard africain. « L’Afrique représente près de 18 % de la population mondiale mais moins de 3 % du trafic aérien mondial », a-t-il rappelé, dénonçant un paradoxe devenu insoutenable à l’heure où les grandes puissances redessinent les routes commerciales et logistiques du XXIe siècle.
Pour le responsable de la BAD, la faiblesse des infrastructures, l’éparpillement réglementaire et les difficultés d’accès au financement empêchent encore le continent de transformer son potentiel démographique en puissance économique connectée.

Le partenariat signé avec Abuja s’inscrit dans le cadre de l’Initiative continentale de transformation de l’aviation portée par la BAD. Une ambition qui vise à moderniser l’écosystème aérien africain, attirer les capitaux privés et renforcer les capacités institutionnelles des États. « Ce n’est pas simplement un accord sur l’aviation. C’est une proposition pour la transformation économique du continent », a insisté Salawou Mike. Derrière les pistes d’atterrissage et les tours de contrôle, il est désormais question de commerce intra-africain, de mobilité des investisseurs, de tourisme, d’emplois et d’intégration régionale.

Le choix du Nigeria n’a rien d’anodin. Première puissance démographique du continent et l’un des marchés aériens les plus stratégiques d’Afrique, le géant ouest-africain apparaît comme un laboratoire décisif pour cette nouvelle vision. Abuja ambitionne de devenir un hub majeur entre l’Afrique, le Moyen-Orient et les grands corridors internationaux.
Face à la presse, le ministre Festus Keyamo a lui aussi placé le débat sur le terrain de la souveraineté économique africaine. « Nous ne pouvons rien accomplir en Afrique en matière de commerce, d’investissement et de tourisme sans connecter le continent », a-t-il déclaré avec gravité.

Dans les couloirs feutrés du Centre international de conférences de Kintélé, cette signature a ainsi pris une portée symbolique bien plus large qu’un simple accord administratif. Elle révèle une Afrique qui tente de sortir du morcellement hérité de son histoire coloniale pour construire enfin ses propres réseaux de circulation.
Car au fond, le défi n’est pas seulement aérien. Il est politique, économique et civilisationnel : relier des capitales africaines encore davantage tournées vers l’Europe ou le Golfe que vers leurs voisins immédiats.
À Brazzaville, la BAD et le Nigeria ont voulu envoyer un signal clair : l’avenir du continent se jouera aussi dans son ciel.

 

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