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Dans le calme protocolaire de la Salle des Actes, à Brazzaville, les 4 et 5 mai 2026 n’auront rien eu d’une simple formalité universitaire. Derrière les toges et les rituels, c’est une scène fondatrice qui s’est jouée : pour la première fois en République du Congo, des doctorats en sciences de gestion ont été soutenus localement sous l’impulsion de l’École supérieure de gestion et d’administration des entreprises (ESGAE), en partenariat avec l’Université de Douala et avec l’appui de l’Agence universitaire de la Francophonie. Un basculement discret, mais stratégique, dans la géographie de la production du savoir.
Car au-delà de l’événement académique, c’est une question de souveraineté intellectuelle qui affleure : penser l’Afrique depuis elle-même, documenter ses trajectoires sans médiation extérieure, et interroger ses dépendances à partir de ses propres laboratoires.
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Ce mardi 5 mai, cette ambition a pris chair dans la soutenance de Bakébana Nzuzi Mbutu Floribert. Face à un jury exigeant composé de : Président : Professeur Étoundi Éloundou Gilles Célestin ; Rapporteurs : Professeure Moungou Sabine et le Professeur Essomba Ambassa Claude ; Membre du Jury : Professeur Tadjine Lévy Thierry ; Directeur de thèse : Professeur Békolo Claude ; Co-directeur de thèse : Professeur Mayoukou Célestin, le doctorant a livré une analyse serrée d’un sujet au cœur des recompositions géoéconomiques contemporaines : le financement des infrastructures en Afrique centrale à travers les prêts chinois, dans les deux Congo.
D’emblée, le travail s’inscrit à contre-courant des lectures simplistes. Ni plaidoyer, ni réquisitoire, la thèse explore les ressorts d’un modèle hybride, à la croisée de la diplomatie économique, de l’ingénierie contractuelle et de la stratégie des ressources. Huit projets d’infrastructures – routes, énergie, santé, éducation – servent de matrice empirique à une interrogation plus large : ces financements constituent-ils un levier soutenable de transformation structurelle ?
Les résultats dessinent une réalité ambivalente. D’un côté, les apports sont indéniables : désenclavement de zones périphériques, amélioration de l’accès à l’électricité, renforcement de certaines capacités techniques locales. Autant d’indicateurs qui plaident en faveur d’un impact tangible sur les dynamiques de développement.
Mais l’envers du décor est plus trouble. Le chercheur met en lumière une architecture contractuelle souvent opaque, des chaînes de décision fragiles et des priorités susceptibles d’être reconfigurées au gré des conjonctures politiques. Certains projets disparaissent en cours de route, d’autres émergent sans avoir été initialement planifiés, révélant une gouvernance parfois à géométrie variable.
Au centre de cette mécanique, un point de tension majeur : l’adossement des prêts aux ressources naturelles. Hérité du “modèle angolais”, cet échange infrastructures contre matières premières agit comme un accélérateur à court terme, mais expose les États à un risque de dépendance prolongée. La question devient alors moins financière que stratégique : comment convertir ces investissements en bases durables de transformation économique, sans hypothéquer l’avenir extractif ?
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Les échanges avec le jury, nourris et sans complaisance, ont prolongé cette ligne de crête. Si la richesse empirique et la pertinence du sujet ont été saluées, des réserves ont été exprimées sur certains biais méthodologiques et sur la nécessité d’une distance critique accrue. L’un des moments les plus marquants est venu de cette injonction : refuser toute fascination pour un modèle unique, aussi puissant soit-il, et inscrire l’analyse dans une pluralité de trajectoires possibles.
L’impétrant, lucide, n’a pas cherché à esquiver. Il reconnaît que les prêts chinois, à eux seuls, ne sauraient constituer une solution miracle aux objectifs de développement durable à l’horizon 2030. Ils en sont un levier parmi d’autres, dont l’efficacité dépendra in fine de la qualité des institutions, de la transparence des engagements et de la capacité des États à définir et défendre leurs propres priorités.
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Au terme de la délibération, le verdict est tombé avec solennité : thèse acceptée, grade de docteur en sciences de gestion conféré, mention très honorable décernée. Au-delà de la consécration individuelle, le jury a souligné le caractère actuel, innovant et socialement pertinent du travail, saluant une recherche inscrite dans un contexte mouvant mais porteuse d’enseignements durables.
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Dans cette salle brazzavilloise, quelque chose a changé. Non seulement un doctorant est devenu docteur, mais une dynamique s’est enclenchée : celle d’une Afrique centrale qui produit ses propres grilles de lecture, interroge ses alliances et affine ses choix stratégiques.
Car au fond, la scène académique n’est jamais neutre. Elle est l’un des théâtres où se joue, en profondeur, la bataille des modèles. Et à Brazzaville, ces 4 et 5 mai, il ne s’agissait pas seulement de soutenir une thèse : il s’agissait de reprendre la main sur le récit.
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