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Au Congo, l'aube des sciences de gestion : une première soutenance de thèse pour combler un retard historique

par André LOUNDA 4 Mai 2026, 16:58 Education

À huis clos, dans une salle tenue à l’écart des influences extérieures, les jurys délibèrent. Le silence qui entoure ces premières soutenances de thèses en sciences de gestion au Congo contraste avec la portée de l’événement : une rupture discrète, mais décisive, dans l’histoire académique du pays.
Car jusqu’ici, si des thèses ont été soutenues en droit, en médecine, en économie ou encore en biologie, aucune n’avait encore vu le jour dans le champ des sciences de gestion sur le sol congolais. Un vide longtemps ignoré, désormais exposé au grand jour. « Un grand retard », reconnaissent sans détour les organisateurs, bien décidés à en faire un levier de transformation.

L’École supérieure de gestion et d’administration des entreprises (ESGAE) que dirige le Professeur Roger Armand Makany s’apprête ainsi à inscrire une première page dans cette discipline. Pendant deux jours, plusieurs doctorants défendront leurs travaux : une soutenance le matin, une autre l’après-midi, avant que le cycle ne se poursuive le lendemain. Une cadence soutenue, à la mesure de l’enjeu : prouver que le Congo peut produire, sur son propre territoire, une expertise scientifique en management.

À l’origine de cette dynamique, une impulsion politique et académique. Lorsque Bruno Jean Richard Itoua occupait le portefeuille de l’Enseignement supérieur, une convention avait été signée avec l’ESGAE pour structurer un parcours complet — licence, master, doctorat — en sciences de gestion. Une ambition qui, à l’époque, relevait presque du pari.
Dans les coulisses, le travail technique a été mené par des acteurs clés, dont le professeur Maher Bachir, alors directeur de cabinet, qui a contribué à bâtir les fondations de ce projet. Quinze ans plus tard, l’édifice prend forme, sous le regard de témoins fidèles comme le professeur Georges Allas, engagé depuis plus d’une décennie aux côtés de l’institution.
Au-delà de l’exploit académique, c’est une vision du développement qui se dessine. Former localement des docteurs en sciences de gestion, c’est rompre avec la dépendance aux formations extérieures et répondre aux besoins stratégiques du pays : gouvernance des entreprises, entrepreneuriat, pilotage des politiques publiques.

La présence d’acteurs institutionnels et sociaux, à l’image de Christian Grégoire Ipouma, représentant des parents d’élèves et d’étudiants, ou encore de l’honorable Joseph Badiabio, président de la commission Éducation, Sciences et Culture à l’Assemblée nationale, témoigne de l’importance accordée à cette mutation.
Dans un pays engagé dans une quête de diversification économique, l’émergence d’une recherche locale en sciences de gestion pourrait bien marquer un tournant. Car derrière ces soutenances, il ne s’agit pas seulement de diplômes : il s’agit de bâtir une capacité nationale à penser, organiser et piloter le développement.
Et pour les témoins présents, une certitude s’impose déjà : ils assistent à un moment fondateur.

Commentaire :
Longtemps reléguées au second plan, les sciences de gestion apparaissent aujourd’hui comme un pilier indispensable du développement. En amorçant enfin la formation doctorale dans ce domaine, le Congo envoie un signal fort : celui d’un pays qui entend produire lui-même les compétences dont il a besoin. Reste à transformer cette première en dynamique durable, capable d’irriguer le réel et les politiques publiques.

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