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Au terme de cinq jours d’intenses travaux, les 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) ont refermé leurs portes à Brazzaville sur une conviction forte : l’Afrique ne peut plus attendre son développement des autres. Elle doit désormais le financer, le penser et le construire elle-même. Dans les salons du Centre international de conférences de Kintélé, où se sont croisés ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, investisseurs, chefs d'entreprises et représentants d'institutions venus de près de 80 pays, une certitude s'est imposée au fil des débats : le continent entend devenir l'artisan de son propre avenir.
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La conférence de presse de clôture a cristallisé cet état d'esprit. Face aux médias, le nouveau président du Groupe de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, le président du Conseil des gouverneurs de la BAD et ministre congolais des Finances, Ludovic Ngatsé, ainsi que plusieurs responsables de l'institution ont dressé le bilan de ces assises que beaucoup considèrent déjà comme un tournant.
Avant même d'aborder les grandes décisions adoptées à Brazzaville, les intervenants ont tenu à saluer le rôle du président de la République du Congo, Denis Sassou-N'Guesso. Son engagement en faveur de l'intégration africaine et du développement durable a été unanimement reconnu. À plusieurs reprises, son leadership a été évoqué comme l'un des facteurs ayant permis la réussite d'un rendez-vous qui a rassemblé près de 4 500 participants dans un contexte international particulièrement tendu.
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Le pari réussi de Brazzaville
Pour Sidi Ould Tah, ces assemblées constituaient une première épreuve grandeur nature depuis son accession à la tête de la BAD. Le constat qu'il en tire est sans ambiguïté : le Congo a remporté son pari. « Malgré un contexte mondial difficile et des préoccupations sanitaires régionales, l'organisation a été exemplaire, les débats riches et les décisions importantes », a-t-il souligné, exprimant sa gratitude au peuple congolais et aux autorités du pays pour la qualité de l'accueil réservé aux délégations.
L'image renvoyée par Brazzaville durant cette semaine a été celle d'une Afrique confiante, désireuse de transformer ses immenses potentialités en richesse réelle.
300 milliards de dollars pour le Fonds bleu du Bassin du Congo
Parmi les annonces majeures issues des travaux figure la mobilisation envisagée de près de 300 milliards de dollars destinés à lancer la concrétisation des quelque 70 projets structurants du Fonds bleu pour le Bassin du Congo.
Ce vaste programme ambitionne de faire de la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète un levier de développement durable, conciliant protection environnementale, croissance économique et création d'emplois.
Pour les participants, il ne s'agit plus seulement de préserver un patrimoine écologique mondial, mais de permettre aux populations du Bassin du Congo de bénéficier directement de ses richesses.
Le défi de la jeunesse africaine
Autre sujet central des échanges : la question du dividende démographique.
Avec la population la plus jeune du monde, l'Afrique dispose d'un avantage stratégique unique. Encore faut-il le transformer en moteur de croissance.
Les responsables de la BAD ont insisté sur la nécessité d'investir massivement dans l'éducation, la formation professionnelle et l'entrepreneuriat. Les jeunes et les femmes ont été présentés comme les principaux vecteurs de la transformation économique du continent, capables de faire basculer des millions d'activités du secteur informel vers une économie moderne, productive et créatrice de valeur.
Dans cette perspective, la Banque africaine de développement entend renforcer son rôle de catalyseur de l'intégration économique africaine.
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Une nouvelle architecture financière pour l'Afrique
Au cœur des discussions s'est également imposée l'idée d'une « nouvelle architecture financière africaine ».
Pour Ludovic Ngatsé, l'Afrique ne peut plus continuer à dépendre essentiellement des financements extérieurs alors même qu'elle dispose d'importantes ressources financières inexploitées.
Le paradoxe est saisissant : alors que le continent fait face à un déficit annuel estimé à plusieurs centaines de milliards de dollars pour financer ses infrastructures et son développement, une part considérable de l'épargne africaine demeure investie hors du continent.
Le Conseil des gouverneurs a ainsi apporté son soutien à la mise en œuvre du Consensus d'Abidjan et mandaté la BAD pour accélérer la création de nouveaux mécanismes capables de mobiliser davantage de capitaux africains au service de l'Afrique. « L'Afrique doit d'abord compter sur elle-même », a martelé Ludovic Ngatsé, résumant l'esprit qui a dominé les travaux de Brazzaville.
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Transformer les matières premières pour transformer l'Afrique
Pour Sidi Ould Tah, l'équation est simple. L'Afrique représente près de 18 % de la population mondiale. Elle détient plus de 30 % des réserves minérales de la planète et une part considérable des terres arables encore disponibles. Pourtant, sa contribution à l'économie mondiale demeure largement inférieure à son potentiel.
La raison de ce décalage, selon lui, réside dans un modèle économique encore trop dépendant de l'exportation brute des matières premières.
Le président de la BAD plaide ainsi pour une industrialisation accélérée du continent fondée sur la transformation locale des ressources naturelles. « Nous ne pouvons plus nous contenter de petits projets. Nous devons développer des projets de grande envergure qui créent de la valeur ajoutée en Afrique », a-t-il affirmé.
Cette vision, articulée autour de quatre axes stratégiques, a reçu l'approbation des gouverneurs de la Banque réunis à Brazzaville.
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Le moment africain
Au-delà des chiffres, des résolutions et des déclarations officielles, ces Assemblées annuelles auront surtout révélé un changement de ton. À Brazzaville, il n'a plus été seulement question d'aide au développement, mais de souveraineté économique. Plus seulement de financement, mais de transformation. Plus seulement de ressources, mais de création de valeur.
Durant quelques jours, la capitale congolaise s'est imposée comme le laboratoire d'une Afrique qui refuse désormais d'être définie par ses faiblesses et qui entend bâtir sa prospérité à partir de ses propres forces.
Le message final de ces assises pourrait tenir en une formule : l'avenir du continent ne se négocie plus ailleurs. Il se construit en Afrique, par les Africains et pour les Africains.
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