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Brazzzaville célèbre l'audace d'entreprendre : Digne Elvis Tsalissan Okombi place la jeunesse africaine au centre de l'avenir

par André LOUNDA 16 Mai 2026, 13:53 Entrepreneuriat

Dans les salons feutrés de Radisson Blu Hotel Brazzaville, l’atmosphère avait ce samedi 16 mai des allures de rendez-vous historique. Plus qu’une simple séance de présentation littéraire, c’est une profession de foi pour l’avenir économique du continent qui s’est jouée autour de Entreprendre, les jeunes au cœur du développement de l’Afrique, le nouvel ouvrage de Digne Elvis Tsalissan Okombi, publié aux éditions L'Harmattan. Sous le regard attentif d’un public composé d’universitaires, d’entrepreneurs, de lecteurs passionnés et de décideurs, la cérémonie s’est déroulée en présence du directeur adjoint de L’Harmattan ainsi que du professeur Louis Bakabadio. La critique littéraire fut assurée par l’écrivain Prince Arly Matoko, dont l’intervention a donné le ton d’une matinée où le livre s’est révélé bien plus qu’un essai : un manifeste.

Un livre comme un souffle continental

Dès les premières pages, selon Prince Arly Matoko, l’ouvrage impose une évidence : l’Afrique n’est pas condamnée à subir l’histoire, elle possède encore cette énergie vitale que d’autres continents semblent avoir épuisée. « Ce livre est une respiration collective », a-t-il lancé, saluant un texte qui ausculte avec lucidité la question cruciale de l’entrepreneuriat africain.

Publié en février 2026, l’ouvrage se déploie en 94 pages et 12 chapitres, architecture sobre mais dense, où l’auteur dissèque les promesses et les entraves d’une jeunesse qui cherche sa place dans un environnement souvent hostile à l’initiative.

À travers une pensée structurée, Digne Elvis Tsalissan Okombi déconstruit une vision fataliste de l’échec africain. Ici, l’entrepreneuriat n’est pas présenté comme une solution de secours, mais comme un instrument de libération économique, sociale et psychologique.

Pour lui, l’Afrique ne manque ni d’idées ni d’énergie ; elle souffre davantage d’un déficit de transmission, d’accompagnement et de foi collective en ses propres capacités.

Le cri d’un praticien, pas d’un théoricien

Lorsque l’auteur prend la parole, le ton change. Plus direct. Plus incarné.

Son propos n’a rien de l’abstraction universitaire. « Vous n’êtes pas venus écouter un discours de plus. Il y a trop de discours dans ce pays », assène-t-il.

Le silence qui suit marque les esprits.

Son livre, explique-t-il, est né du réel : des nuits sans sommeil, du chômage, des humiliations administratives, des petits succès invisibles, des marchés populaires où l’on invente chaque jour des modèles économiques sans les nommer ainsi.

Dans une formule saisissante, il rappelle :

« Chez nous, nous avons des traders sans diplôme. Ils achètent au marché de Songolo et revendent ailleurs avec profit. À New York, on appelle cela du trading. Ici, on appelle cela survivre. »

Par cette image, il interroge la hiérarchie implicite des savoirs économiques et réhabilite l’intelligence entrepreneuriale populaire.

Briser les mensonges paralysants

L’un des apports majeurs du livre réside dans son entreprise de démolition méthodique des croyances qui paralysent l’action.

Non, dit-il, il n’est pas nécessaire d’avoir des millions pour commencer.

Non, attendre l’État n’a jamais créé d’entreprise.

Non, le “bon moment” n’existe pas : il était hier.

À travers des exemples tirés du quotidien congolais — des vendeuses de beignets aux petits commerçants des marchés de Poto-Poto, de Total ou de Ouenzé —, l’auteur rappelle que les plus grandes dynamiques économiques naissent souvent de moyens dérisoires, mais d’une volonté inébranlable.

Une réflexion saluée par l’université

Prenant la parole à son tour, le professeur Louis Bakabadio a donné une lecture philosophique de l’ouvrage. Pour lui, entreprendre, c’est d’abord un acte de volonté. N« Se saisir de quelque chose pour le transformer : voilà ce que signifie entreprendre », a-t-il expliqué, soulignant que cette disposition intérieure existe déjà chez de nombreux jeunes Congolais. Il y voit un changement de paradigme : la jeunesse n’est plus un problème à gérer, mais une puissance à révéler.

Son analyse rejoint celle de l’auteur : le potentiel congolais existe. Ce qui manque encore, c’est la structuration d’un environnement qui transforme cette puissance en réussite durable.

L’après-livre : passer à l’action

La rencontre s’est achevée par un panel d’échanges nourris avec l’assistance, avant une longue séance de dédicace.

Mais le véritable enjeu, selon l’auteur, commence après la lecture. « Ce livre ne changera pas votre vie. Ce qui la changera, c’est ce que vous ferez après avoir refermé la dernière page. »

Dans une Afrique en quête de modèles endogènes de développement, Entreprendre, les jeunes au cœur du développement de l’Afrique sonne comme une invitation urgente : cesser d’attendre, commencer avec peu, échouer parfois, recommencer toujours.

À Brazzaville, ce samedi, ce n’est pas seulement un livre qui a été présenté. C’est une idée en marche. Une conviction. Peut-être même le début d’une génération qui refuse désormais de regarder l’avenir depuis le quai, et choisit enfin de prendre la mer.

 

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