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Congo : l'État serre l'étau sur la profession comptable et prépare une offensive contre l'exercice illégal

par André LOUNDA 15 Mai 2026, 09:20 Société

À Brazzaville, les lignes bougent dans l’univers feutré mais stratégique de l’expertise comptable. La Direction générale du portefeuille public (DGPP) s’apprête à conclure un partenariat structurant avec l’Ordre national des experts-comptables du Congo (Onec-C), avec pour ambition affichée d’assainir un secteur longtemps miné par l’exercice illégal de la profession et de renforcer la gouvernance financière des entreprises publiques.
L’annonce a été faite le 13 mai par le président de l’Onec-C, Brice Voltaire Etou-Obambi, à l’issue d’un entretien avec la directrice générale du portefeuille public, Karine Emma N’Guesso Mouandé. Présentée officiellement comme une visite de courtoisie, la rencontre a rapidement pris une tournure plus stratégique.

Le président de l’Ordre a saisi l’occasion pour présenter le nouveau bureau issu de l’assemblée générale du 17 avril dernier, ainsi que les résolutions majeures adoptées. Parmi elles figure une étape décisive : l’officialisation de l’adhésion de l’Onec-C à la Fédération internationale des experts-comptables, un arrimage destiné à inscrire durablement la profession congolaise dans les standards internationaux de transparence, de rigueur et de conformité.
Mais derrière cette ambition institutionnelle se cache un constat préoccupant : une large part de ceux qui exercent aujourd’hui dans les fonctions comptables, y compris au sein des structures publiques, ne sont pas régulièrement inscrits à l’Ordre, en contradiction avec les exigences du droit communautaire de l’Ohada.
« Notre ambition est de remettre de l’ordre dans cette profession. Beaucoup exercent sans être inscrits à l’Ordre, ce qui contrevient aux dispositions réglementaires. Lorsqu’un ordre professionnel existe dans un État, seuls les experts-comptables dûment agréés peuvent intervenir dans les entités relevant du portefeuille public », a rappelé Brice Voltaire Etou-Obambi.

Le futur partenariat entre la DGPP et l’Onec-C entend ainsi jeter les bases d’une coopération technique de long terme. Ses axes prioritaires porteront sur le diagnostic et la fiabilisation des comptes des entreprises publiques, l’accompagnement des processus de restructuration et de redressement, ainsi que le renforcement des dispositifs de contrôle interne et d’audit.
Au-delà de ces chantiers, il s’agira aussi de professionnaliser durablement les cadres financiers et comptables, de soutenir les politiques publiques de réforme du portefeuille de l’État et, surtout, de traquer l’exercice illégal d’une profession devenue centrale dans l’architecture de la crédibilité économique du pays.

L’accès à l’Ordre, rappelle son président, demeure strictement encadré. Il exige un diplôme d’expertise comptable ou une qualification reconnue équivalente, ainsi qu’un parcours d’habilitation validé jusqu’à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), seule habilitée à délivrer l’agrément ouvrant droit à l’inscription officielle.
Dans un contexte où la transparence financière devient un impératif de souveraineté économique, cette alliance naissante entre l’État et les experts-comptables pourrait marquer un tournant décisif : celui d’un portefeuille public placé sous le sceau d’une gouvernance plus exigeante, plus crédible et résolument conforme aux standards internationaux.

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