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Brazzaville, 16 mai 2026 — Dans la tradition spirituelle Ngunza-Matsouaniste, la vérité ne se reçoit pas comme un dogme figé : elle se révèle, elle s’éprouve, elle se construit dans l’intimité du peuple avec son histoire, sa culture et son souffle ancestral. Le Proverbe 11 du Kimoko le rappelle avec une force limpide : il n’existe pas une seule manière d’être une nation religieuse.
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Chaque peuple porte sa propre lumière. Aucun n’est entièrement aveugle, aucun n’est totalement illuminé. Chacun cherche, trébuche, apprend, puis se relève pour entretenir cette étincelle divine qui l’habite. C’est là l’essence même de l’enseignement légué par Mfumu André Matsoua, cette lumière fondatrice qui continue d’éclairer la conscience Ngunza.
Dans cette perspective, la religion n’est pas une imitation servile ni une importation étrangère : elle est d’abord une expression culturelle de l’âme collective, un langage sacré qui prend racine dans le sol des ancêtres. Et tant que brillera la lumière de Matsoua, l’Église Ngunza demeurera une Église éveillée.
La termitière, parabole de l’édification intérieure
À travers les enseignements du Ngudi Nganga Mbuta Massengo Mbemba, la termitière devient bien plus qu’une image de la nature. Elle devient une leçon spirituelle. « La termitière se construit de l’intérieur. » Cette parole, simple en apparence, contient une vérité redoutable : aucune nation, aucune communauté, aucun être humain ne peut prétendre à la grandeur sans d’abord consolider ses fondations invisibles.
Le récit de Masé ma Ngo, « les tâches du léopard », cet enfant avide de savoir qui interrogeait le sens de l’effort, éclaire cette sagesse. Face aux trois termitières dressées autour de son village, il découvre que la grandeur ne naît jamais du hasard. Elle procède d’une discipline silencieuse, d’un travail patient, d’une fidélité à une mission commune.
Au cœur de la termitière repose la Ziku dia Mama Mfumu, la chambre royale. Là siège la reine, matrice de continuité, gardienne de la fécondité collective. Elle symbolise cette autorité sacrée qui ne domine pas pour écraser, mais veille pour faire croître.
Comme le dit le proverbe kongo : « Mbuka a hunda, simu tiya »
— Le lit du chef est au bord du feu.
Car gouverner, enseigne la tradition, c’est s’exposer le premier aux flammes de la critique, du sacrifice et de la responsabilité.
Une leçon d’unité contre le poison de la division
Dans la termitière, chaque termite agit selon sa fonction. Aucun ne se glorifie au détriment de l’autre. Tous bâtissent pour le bien commun.
Cette harmonie disciplinée est l’antidote au mal qui ronge les peuples : la calomnie.
Le proverbe avertit : « Kela mbala, nsinzi weti teka matu »
— Tu calomnies la civette, le chat sauvage tend l’oreille.
Autrement dit : toute parole mauvaise finit toujours par nourrir une menace plus grande que soi.
Le Matsouanisme y voit un danger spirituel majeur. La calomnie détruit la cohésion intérieure, fissure la termitière et prépare sa ruine. Là où s’installe le commérage, la lumière se retire.
À l’inverse, l’unité bâtit. Elle protège. Elle élève.
Le combat véritable est intérieur
La parabole culmine dans cette révélation essentielle : lorsque les termites furent menacés, ils ne survécurent que parce qu’ils restèrent unis.
Ils résistèrent non par la violence aveugle, mais par la conscience de leur ordre intérieur.
Le proverbe enseigne encore : « Nata nongo, kunatani kibaku ko »
— Porte une aiguille, ne porte pas un couteau.
La sagesse Ngunza privilégie toujours la réparation à la destruction, la précision à la brutalité, l’élévation à la vengeance.
Car le véritable champ de bataille n’est pas extérieur.
Il est dans l’âme humaine.
C’est là que se livre la lutte contre le désordre, l’orgueil, la confusion et la haine.
Comme le rappelle enfin Mbuta Massengo Mbemba : « Lauki mavungu-vungu kabela »
— Le sage déteste le cafouillage.
La paix intérieure est la première victoire. Et l’amour de Nzambi a Mpungu Tulendo demeure l’unique force capable de combler le vide intérieur de l’homme.
Bâtir l’avenir comme on élève une termitière
Le message du Kimoko est limpide : aucun peuple ne se relève en imitant servilement les autres.
Il se relève en ajoutant sa part à l’œuvre commune. « Les champs de ma mère étaient pleins de manioc. Ajoutes-y ta part. »
Voilà l’invitation adressée à chaque fils et chaque fille de la tradition Ngunza : ne pas attendre le salut venu d’ailleurs, mais bâtir ici, maintenant, avec rigueur, amour et fidélité.
Car dans la vision matsouaniste, la renaissance n’est jamais un miracle tombé du ciel.
Elle est une construction intérieure.
La termitière se construit de l’intérieur.
Ngeta.
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