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Marche accélérée : destination inconnue, carburant épuisé

par André LOUNDA 7 Mai 2026, 18:09 Politique

À Brazzaville, les grandes affiches fleurissent plus vite que les résultats. On ne parle plus de « développement », mot devenu trop modeste, mais de « marche accélérée ». Une formule magique répétée à longueur de séminaires climatisés, de discours ministériels et de missions d’évaluation… qui n’évaluent plus grand-chose depuis longtemps. Car au Congo, les programmes publics ont ceci de fascinant : ils démarrent toujours en fanfare, mais finissent souvent dans les archives poussiéreuses des “initiatives structurantes”, cette immense nécropole administrative où reposent déjà des centaines de projets morts avant leur naissance officielle.

On accélère donc. Mais vers quoi exactement ?
Vers le paradis promis des plans stratégiques multicolores ? Ou vers l’enfer bureaucratique où les rapports d’activités remplacent les résultats concrets ?
Dans les ministères, les experts défilent. Les consultants aussi. Les ateliers de validation se succèdent à un rythme olympique. On “renforce les capacités”, on “harmonise les approches”, on “mutualise les synergies”. À ce stade, même les photocopieuses ont obtenu un doctorat en gouvernance participative.

Le seul détail qui manque dans cette grande épopée nationale reste le plus insignifiant, paraît-il : le suivi et l’évaluation.
Ah, le suivi-évaluation ! Cette vieille discipline ennuyeuse qui consiste à vérifier si l’argent dépensé a réellement servi à quelque chose. Une pratique presque subversive dans certains cercles où l’on préfère inaugurer dix fois le même chantier plutôt que de publier un bilan crédible.
Ainsi, des programmes naissent, vivent et meurent sans que personne ne sache exactement : combien ils ont coûté ; ce qu’ils ont produit ; qui les a contrôlés ;
et surtout pourquoi ils recommencent tous sous un nouveau nom tous les quatre ans.

Le miracle administratif congolais est là : l’échec n’empêche jamais la reconduction budgétaire. Au contraire, il semble parfois la garantir.
Dans cette “marche accélérée”, les populations observent avec une certaine poésie tragique des routes éternellement “en cours de finalisation”, des hôpitaux flambant neufs sans équipements, des écoles sans enseignants et des projets agricoles où les seuls fruits visibles sont les per diem des missions de terrain.


Pendant ce temps, les tableaux Excel triomphent. Les indicateurs aussi. Sur papier, tout avance à merveille. Les courbes montent. Les statistiques sourient. Le pays devient presque une puissance émergente… dans PowerPoint.
Mais dehors, la réalité possède un mauvais sens de l’humour.
Le problème n’est peut-être pas la vitesse. Le problème est peut-être l’absence de boussole.
Car un train lancé sans destination précise ne fait pas rêver : il inquiète.
Et à force d’accélérer sans suivi, sans contrôle et sans évaluation sérieuse, la fameuse “marche vers le développement” risque surtout de devenir une course nationale vers un précipice administratif soigneusement décoré de slogans républicains.
Au fond, la vraie question demeure : le pays avance-t-il réellement… ou tourne-t-il simplement en rond plus vite qu’avant ?

 

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