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Quand l'école retrouve sa propre musique : à Brazzaville, une soutenance fait vibrer la mémoire congolaise

par André LOUNDA 12 Mai 2026, 10:14 Education

À la Chaire UNESCO de l’Université Marien Ngouabi, dans l’enceinte de l’École Normale Supérieure, ce lundi 11 mai 2026 fut bien davantage qu’une simple soutenance universitaire. Ce rendez-vous académique avait l’allure rare de ces instants où la science épouse l’âme d’un peuple. Face à un jury d’éminentes figures du savoir, BOUESSO SAMBA Romain, inscrit en Master Recherche, parcours Sciences de l’éducation, option Didactique de l’éducation musicale, a soutenu publiquement son mémoire intitulé : « L’enseignement-apprentissage de la musique congolaise dans les collèges d’enseignement général de Brazzaville : enjeux, défis et perspectives », au titre de l’année académique 2024-2025.

Dans une atmosphère à la fois solennelle et vibrante, le candidat s’est avancé avec cette gravité propre à ceux qui savent défendre plus qu’un texte : une conviction.
« Monsieur le président du jury, honorable membre du jury, mesdames et messieurs, c’est un grand plaisir pour moi de me présenter devant ce jury pour défendre ce travail de recherche… »

Dès les premiers mots, le ton était donné : celui d’un plaidoyer pour une réhabilitation.
Car derrière la rigueur universitaire, c’est une question fondamentale que posait le mémoire : comment expliquer qu’un pays dont la musique irrigue chaque moment de la vie — de la naissance aux funérailles, des réjouissances populaires aux célébrations spirituelles — continue de reléguer son propre patrimoine sonore à la périphérie de l’école ?
La contradiction est frappante.
Alors que la rumba congolaise a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, l’enseignement formel congolais demeure largement structuré autour du répertoire classique occidental.
Mozart dans les partitions. Le Congo dans les cours de récréation.
Un paradoxe que le candidat a disséqué avec méthode.
Son étude, fondée sur une enquête qualitative menée dans plusieurs collèges de Brazzaville, met en lumière une réalité sans détour : la musique congolaise demeure marginalisée dans les curricula, faute de transcription scientifique, de supports didactiques, de formation spécialisée et d’équipements adaptés.
Et pourtant, les résultats démontrent son immense potentiel éducatif.
Vecteur de transmission culturelle, outil de construction identitaire, ferment de cohésion collective, la musique congolaise peut devenir un levier pédagogique puissant lorsqu’elle est contextualisée et pensée dans une véritable ingénierie éducative.

Sous la direction exigeante du Professeur Édouard NGAMOUNTSIKA, professeur titulaire CAMES, le mémoire s’est distingué par sa solidité intellectuelle autant que par sa pertinence socioculturelle.
Le directeur n’a d’ailleurs pas caché son admiration teintée de franchise pédagogique : « Ce qu’il faut retenir chez lui avant même de lire le travail, c’est cette volonté d’apprendre. Il écrit à toute heure, il questionne, il cherche, il dérange parfois… mais c’est cela aussi, un chercheur. »
Avec son style direct, le professeur a rappelé que la recherche n’est jamais un long fleuve tranquille, mais une ascèse faite de discipline et d’exigence.
Le Professeur Auguste NTSONSISSA, président du jury, fort de sa double sensibilité philosophique et musicale, a conduit les échanges avec la précision d’un chef d’orchestre soucieux de la justesse scientifique.

Le Dr Ferdinand OTSÉMA GUELLELY, examinateur, a salué un travail courageux :
« Le mémoire a le mérite de s’intéresser à une dimension souvent marginalisée dans les recherches éducatives : la place de la musique congolaise dans le système scolaire. »
Tout en relevant quelques insuffisances techniques et bibliographiques, l’examinateur a reconnu la valeur scientifique de la réflexion et la justesse de son ancrage culturel.

Moment particulièrement marquant : l’échange musical entre le candidat et le jury autour d’une partition présentée dans le mémoire. Respiration, portée, notation, rythme : la science musicale s’est alors faite démonstration vivante, rappelant que la musique ne souffre aucune approximation lorsqu’elle prétend entrer dans l’espace académique.
Interrogé sur les musiques à privilégier, BOUESSO SAMBA Romain a répondu avec une lucidité inclusive : « Il ne s’agit pas d’une musique congolaise figée. Il faut parler des musiques du Congo. Toutes, sans exception, doivent être prises en compte : traditionnelles, modernes, urbaines, hybrides, chrétiennes, patriotiques… Elles constituent ensemble notre patrimoine vivant. »
Cette vision, résolument ouverte, inscrit son travail dans une perspective de modernisation éducative enracinée dans l’identité nationale.

Après délibération, le verdict est tombé comme une note parfaitement tenue :
Mémoire déclaré recevable avec la brillante moyenne de 17/20.
Une distinction qui consacre un parcours, mais surtout une idée : celle qu’un peuple ne se construit pleinement que lorsqu’il ose enseigner sa propre mémoire.
À travers cette soutenance, c’est toute une pédagogie de la souveraineté culturelle qui s’est exprimée.
À Brazzaville, ce jour-là, l’université n’a pas seulement évalué un mémoire.
Elle a écouté battre le cœur musical du Congo.

 

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