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UNFPA - BAD: le pari africain de la jeunesse, ou l'urgence d'investir dans le destin du continent

par André LOUNDA 26 Mai 2026, 12:57 International

Dans la salle de presse du Centre international de conférences de Kintélé, ce mardi 26 mai, il flottait comme un parfum d’histoire en marche. Derrière la signature officielle du mémorandum d’entente entre l’UNFPA et le Groupe de la Banque africaine de développement, c’est une vision stratégique de l’Afrique de demain qui s’est dessinée.

Face à la presse, Madame DIENE KIETA la Directrice exécutive de l’UNFPA, également Secrétaire générale adjointe des Nations unies, n’a laissé place à aucune ambiguïté : ce partenariat dépasse largement le cadre administratif d’un simple accord institutionnel. Il s’agit, selon ses mots, d’« un engagement à large spectre » destiné à permettre à l’Afrique de conquérir enfin son dividende démographique.
Cette expression, souvent galvaudée dans les cénacles économiques, recouvre une réalité simple et décisive : faire de la jeunesse africaine — aujourd’hui majoritaire sur le continent — non pas une pression sociale, mais une force productive et transformatrice. « Cela signifie que les jeunes doivent aller à l’école, bénéficier d’une santé de qualité, accéder à l’emploi et devenir les acteurs du développement économique de leur pays », a-t-elle martelé.
À travers cet accord, l’UNFPA et la BAD entendent aligner leurs stratégies pour agir simultanément sur les leviers essentiels : l’éducation, la santé maternelle, la formation professionnelle, l’insertion économique et la mobilisation de financements innovants.

Le financement comme nerf de la souveraineté démographique
Interrogée sur la réalité budgétaire de cet engagement, la responsable onusienne a tenu à dissiper toute hésitation : l’engagement financier de la BAD est bien réel.
Mais elle rappelle une évidence souvent occultée : transformer le potentiel humain africain exige des investissements massifs, soutenus et coordonnés. « Les ressources existent. Elles peuvent venir des États, du secteur privé, des fondations et des partenaires internationaux. L’enjeu est de les mobiliser ensemble pour produire un impact décisif. »
Car derrière les grandes ambitions de croissance inclusive affichées par les gouvernements africains, subsistent des indicateurs alarmants : mortalité maternelle persistante, grossesses précoces, décrochage scolaire, chômage massif des jeunes.
Pour la Directrice exécutive, aucune stratégie économique ne peut réussir sans un investissement préalable dans le capital humain. « Aucune femme ne devrait mourir en donnant la vie. Aucun jeune ne devrait souffrir faute d’opportunités. »
Une phrase qui a résonné comme une ligne rouge morale autant qu’un impératif politique.

Faire converger les États vers une même trajectoire
Le cœur du problème, insiste-t-elle, ne réside pas uniquement dans l’absence de moyens, mais souvent dans la dispersion des politiques publiques.
Les ministères de l’Éducation, de la Santé, des Finances et de la Planification travaillent encore trop souvent en silos.
Le partenariat signé à Brazzaville vise précisément à créer cette cohérence stratégique. « Nous voulons que les ministres des Finances planifient aussi l’éducation ; que la planification nationale intègre la santé reproductive ; que chaque investissement public prépare l’employabilité future. »
Autrement dit : replacer la population au centre de toute architecture économique.
Un changement de paradigme majeur.

Le Congo entre dans l’ère de la donnée stratégique
Évoquant le cas de la République du Congo, la Directrice exécutive a salué le lancement du recensement général de la population, une opération attendue depuis plus de quarante ans.
Un chantier fondamental.
Grâce aux technologies modernes, aux données géoréférencées et aux outils d’intelligence artificielle, ce recensement permettra de cartographier précisément les populations, d’identifier les besoins réels et de programmer le développement avec rigueur. « Gouverner sans données fiables, c’est piloter à l’aveugle », a-t-elle résumé.
Pour un pays vaste et complexe comme le Congo, cette révolution statistique pourrait redéfinir les politiques publiques pour plusieurs décennies.

Une alliance appelée à vivre
Loin d’être figé, le mémorandum signé entre l’UNFPA et la BAD est conçu comme un instrument évolutif. « C’est un document vivant, adaptable à mesure que les réalités changent. »
Et elles changent vite.
Très vite.
Croissance urbaine, transitions numériques, bouleversements climatiques, mutations du travail : l’Afrique avance à une vitesse qui exige une gouvernance agile.
Dans cette course contre le temps, l’UNFPA et la BAD entendent ne rien lâcher.
Le message adressé à la jeunesse africaine est limpide : une coalition de volontés est désormais à l’œuvre pour que le continent transforme enfin sa force démographique en puissance historique.
À Brazzaville, mardi, ce n’était pas seulement un accord qui se signait.
C’était peut-être l’ébauche concrète d’un nouveau contrat entre l’Afrique et son avenir.

 

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