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À Brazzaville, la Francophonie économique veut passer des discours aux investissements

par André LOUNDA 10 Juin 2026, 13:24 International

Brazzaville, République du Congo. Pendant cinq jours, du 9 au 13 juin 2026, le Centre international de conférences de Kintélé est devenu le point de convergence d'une ambition qui dépasse largement le cadre linguistique : faire de la Francophonie un véritable espace de puissance économique. Organisée conjointement par l'Union nationale des opérateurs économiques du Congo (UNOC) et le Groupement du Patronat Francophone (GPF), la septième édition du Forum international des entreprises francophones (FIEF) s'est ouverte sous le très haut patronage du président de la République, Denis Sassou-N'Guesso.

Représentant le chef de l'État, le ministre de l'Économie, du Plan, de la Statistique et de la Prospective, Ludovic Ngatsé, a donné le coup d'envoi d'un rendez-vous qui marque une première historique pour le Congo. Après Paris, Abidjan et d'autres grandes métropoles francophones, c'est désormais Brazzaville qui accueille cette plateforme internationale de dialogue économique.
Au-delà des cérémonies protocolaires, des allocutions officielles et de la visite des stands d'exposition, un message commun a traversé l'ensemble des interventions : la Francophonie économique ne peut plus se contenter d'être un concept diplomatique. Elle doit désormais devenir un outil concret d'investissement, d'innovation et de création de richesses.

Une communauté économique en quête de maturité
Dans son allocution d'ouverture, le président de l'UNOC, le docteur Jean-Daniel Ovaga, a rappelé l'évolution progressive de l'espace francophone, initialement fondé sur les liens culturels et linguistiques, vers une véritable communauté d'intérêts économiques.
Selon lui, la Francophonie est aujourd'hui portée par des réalisations tangibles : création du Groupement du Patronat Francophone, développement de réseaux d'affaires transcontinentaux, multiplication des coentreprises, soutien aux PME et émergence de nouveaux écosystèmes entrepreneuriaux.
Face aux mutations technologiques et géopolitiques qui redessinent l'économie mondiale, il a particulièrement exhorté les jeunes entrepreneurs et les femmes à investir les secteurs du numérique, présentés comme les principaux vecteurs de création de valeur du XXIe siècle. « La Francophonie économique n'est plus une ambition ; elle est devenue une réalité », a-t-il insisté, tout en invitant les opérateurs économiques congolais à saisir l'opportunité offerte par la présence à Brazzaville de délégations venues d'Afrique, d'Europe, d'Asie et du Moyen-Orient.

Le Congo à la recherche de nouveaux relais de croissance
Pour les autorités congolaises, l'enjeu du FIEF dépasse la simple visibilité internationale. Il s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique.
Dans un contexte où les économies africaines cherchent à réduire leur dépendance aux matières premières, Brazzaville entend valoriser ses atouts : sa position géographique au cœur de l'Afrique centrale, son accès maritime, ses ressources naturelles, son potentiel agricole et énergétique ainsi que ses zones économiques spéciales.
Le ministre Ludovic Ngatsé a replacé cette ambition dans le cadre des réformes engagées par le gouvernement et des grandes orientations de la vision de développement à long terme du pays. « Le Congo est une terre d'opportunités », a-t-il affirmé, soulignant que l'avenir économique du pays reposera autant sur l'industrialisation que sur l'innovation, les infrastructures numériques, la logistique et le développement du secteur privé.
Cette volonté de transformation s'inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui ouvre de nouvelles perspectives aux entreprises africaines en quête de marchés régionaux intégrés.

Vers une Francophonie des projets
L'une des caractéristiques majeures de cette édition réside dans son orientation résolument opérationnelle.
Les interventions des représentants des organisations patronales et des institutions économiques francophones ont mis l'accent sur la nécessité de dépasser les déclarations de principe pour construire des mécanismes concrets de coopération.
Le représentant de l'Union des conseils économiques et sociaux et institutions similaires francophones (UCESIF) a notamment plaidé pour un renforcement du dialogue public-privé, une meilleure circulation des entrepreneurs au sein de l'espace francophone ainsi que la création d'un visa simplifié destiné aux investisseurs, étudiants et chercheurs.
Dans la même logique, le Groupement du Patronat Francophone a présenté plusieurs pistes structurantes : un fonds francophone d'appui à la transition énergétique des PME, un passeport numérique entrepreneurial destiné à faciliter l'accès aux marchés et l'organisation régulière de dialogues économiques territoriaux dans les pays membres.
Autant de propositions qui traduisent une évolution notable de la Francophonie économique, désormais préoccupée par les questions de compétitivité, de financement, de mobilité et de souveraineté économique.

Entre numérique, climat et souveraineté alimentaire
Les travaux du forum s'articulent autour de plusieurs thématiques stratégiques : l'investissement, la formation, l'agrobusiness, la transition énergétique, l'innovation numérique et le financement des entreprises.
Dans un monde marqué par le dérèglement climatique et la fragmentation des chaînes de valeur, les participants considèrent que les pays francophones disposent d'atouts considérables pour bâtir des partenariats durables.
L'économie verte, l'économie circulaire, les technologies numériques et la sécurité juridique apparaissent désormais comme les nouveaux piliers de cette coopération.
Le lancement de la plateforme numérique GPF Business Connect, destinée à interconnecter les entreprises francophones et accélérer les opportunités d'affaires, illustre cette volonté d'inscrire la coopération francophone dans l'ère digitale.

Brazzaville, capitale économique de la Francophonie le temps d'un forum
Au-delà des chiffres et des déclarations, le FIEF 2026 offre au Congo une vitrine internationale rare. Pendant plusieurs jours, décideurs publics, chefs d'entreprise, investisseurs, représentants consulaires et institutions économiques échangent autour d'un objectif commun : faire émerger un espace économique francophone capable de peser davantage dans les équilibres mondiaux.

L'enjeu est d'autant plus important que la Francophonie représente aujourd'hui plusieurs centaines de millions de consommateurs répartis sur cinq continents et constitue l'un des espaces où les perspectives démographiques et économiques demeurent les plus prometteuses.
Reste désormais à transformer les intentions en réalisations. Car, comme l'ont souligné plusieurs intervenants, l'avenir de la Francophonie économique ne se jouera ni dans les discours ni dans les déclarations finales, mais dans la capacité des acteurs à conclure des partenariats, financer des projets et créer des chaînes de valeur communes.
À Kintélé, le message est clair : la Francophonie économique veut désormais être jugée à l'aune de ses résultats. Brazzaville espère en être l'un des laboratoires les plus ambitieux.

 

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