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À Brazzaville, la Francophonie économique vise sur les infrastructures pour transformer son potentiel en puissance économique

par André LOUNDA 11 Juin 2026, 17:36 International

Centre International de Conférence. Derrière les discours sur l’intégration économique, la compétitivité et la croissance inclusive, une réalité demeure incontournable : sans infrastructures performantes, les ambitions commerciales restent souvent lettre morte. C’est ce constat qui a dominé les échanges du huitième panel du Forum International des Entreprises Francophones (FIEF 2026), consacré aux infrastructures et à la connectivité, deux piliers désormais considérés comme essentiels à la transformation économique de l’espace francophone.

En clôturant les travaux, la ministre congolaise du Commerce, des Approvisionnements et de la Consommation, chargée de la mise en œuvre de la ZLECAF, Jacqueline Lydia Mikolo, a livré une analyse lucide des défis auxquels sont confrontées les économies francophones dans un environnement international de plus en plus fragmenté.
Alors que certains pays renforcent leurs barrières commerciales et que les tensions géopolitiques continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales, la responsable congolaise a plaidé pour une réponse fondée sur l’ouverture, la mobilité et l’intégration régionale.
« Les infrastructures et la connectivité ne sont plus de simples équipements de soutien à l’activité économique. Elles sont devenues des instruments stratégiques de souveraineté économique et de compétitivité commerciale », a-t-elle souligné.

L’équation économique de la ZLECAF
Pour les participants, l’entrée en vigueur progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine constitue une opportunité historique. Avec un marché potentiel de plus de 1,4 milliard de consommateurs, l’Afrique dispose désormais d’un levier capable de modifier profondément la géographie des échanges.
Mais les intervenants ont également rappelé qu’une réduction des barrières tarifaires ne suffira pas à elle seule.
L’efficacité des corridors routiers, la modernisation des infrastructures ferroviaires, l’interconnexion énergétique, la fluidité portuaire et le développement des réseaux numériques détermineront la capacité réelle des entreprises africaines à tirer profit de ce marché continental.
Dans cette perspective, la décision de la République du Congo de supprimer les visas pour les ressortissants étrangers à partir du 1er janvier 2027 a été présentée comme un signal fort en faveur de la mobilité économique et de l’attractivité des investissements.

Le coût caché du commerce africain
Au-delà des grands principes, les discussions ont mis en lumière un sujet particulièrement sensible pour les opérateurs économiques : la facture logistique.
Le directeur général du Conseil Congolais des Chargeurs, Dr Dominique Candide Koumou Boulas, a rappelé que les économies africaines restent fortement dépendantes des armements maritimes étrangers pour le transport de leurs marchandises.

Cette dépendance se traduit par une exposition accrue aux fluctuations géopolitiques et aux tensions internationales.
Selon lui, les perturbations provoquées par les conflits persistants en Europe de l’Est, au Moyen-Orient et dans plusieurs zones stratégiques du commerce mondial ont contribué à une hausse continue des coûts du fret maritime.
Or, ces coûts ne représentent qu’une partie du problème.
Une fois les marchandises arrivées dans les ports africains, elles doivent encore absorber une multitude de charges : manutention portuaire, frais de scanner, entreposage, stockage, procédures douanières, péages routiers et coûts de transit.
Autant d’éléments qui viennent renchérir le prix final des produits et réduire la compétitivité des entreprises locales. « Les chargeurs sont les véritables alimentateurs de nos économies », a rappelé le responsable congolais, soulignant que près de 90 % des produits consommés au Congo reposent sur des chaînes logistiques internationales.

Pointe-Noire, laboratoire de la compétitivité logistique
Face à ces contraintes, le Conseil Congolais des Chargeurs a conduit une étude approfondie sur les coûts et délais de passage portuaire ainsi que sur les corridors de transit.
Réalisée pour la première fois par une expertise nationale, cette analyse a permis d’identifier les principaux facteurs de surcoût qui pénalisent les opérateurs économiques.
L’objectif est double : améliorer la compétitivité du port de Pointe-Noire, principal hub maritime d’Afrique centrale, et renforcer la position du Congo dans les classements internationaux de performance logistique.
Dans un contexte où les investisseurs accordent une importance croissante à l’efficacité des chaînes d’approvisionnement, l’amélioration des performances portuaires apparaît comme un enjeu majeur de politique économique.

La bataille de la connectivité numérique
Les échanges ont également mis en évidence une autre dimension de la compétitivité : la connectivité numérique.
Pour les participants, le commerce électronique, la digitalisation des procédures douanières et la dématérialisation des échanges constituent désormais des facteurs de différenciation aussi importants que les infrastructures physiques.
L’enjeu est particulièrement stratégique pour les PME africaines, souvent exclues des marchés internationaux en raison des coûts administratifs et logistiques.
Le développement d’écosystèmes numériques performants pourrait ainsi accélérer leur intégration dans les chaînes de valeur régionales et internationales.

Vers une harmonisation francophone ?
Parmi les propositions les plus remarquées figure l’idée d’une convergence réglementaire accrue au sein de l’espace francophone.
Pour plusieurs intervenants, le partage d’une langue commune constitue un avantage considérable qui pourrait être renforcé par une harmonisation progressive des règles commerciales, logistiques et administratives.
Une telle évolution contribuerait à réduire les coûts de transaction et à fluidifier les échanges entre les entreprises francophones.

Un test pour la Francophonie économique
Au-delà des débats techniques, ce huitième panel a révélé une conviction largement partagée : la prochaine phase de la mondialisation se jouera autant sur la qualité des infrastructures que sur la capacité des États à coopérer.
Pour la Francophonie économique, l’enjeu est clair. Transformer un espace culturel et linguistique en véritable espace économique intégré nécessitera des investissements massifs, des financements innovants et une volonté politique durable.
À Brazzaville, le message des décideurs publics et privés a été sans ambiguïté : dans la compétition mondiale qui s’intensifie, les routes, les ports, les réseaux numériques et les corridors logistiques ne sont plus seulement des infrastructures. Ils sont devenus les nouveaux instruments de puissance économique.

Commentaire
Le panel consacré aux infrastructures et à la connectivité a sans doute été l’un des plus stratégiques du FIEF 2026. Il a rappelé une vérité souvent négligée : l’Afrique ne souffre pas d’un déficit d’opportunités, mais d’un déficit de fluidité. La compétitivité de demain dépendra moins de l’abondance des ressources que de la capacité à les acheminer rapidement, à moindre coût et dans un environnement réglementaire harmonisé. Pour le Congo, qui ambitionne de faire de Pointe-Noire une plateforme logistique régionale et de tirer parti de la ZLECAF, l’amélioration des infrastructures apparaît désormais non comme une option de développement, mais comme une nécessité économique.

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