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Congo : la CNTR plaide pour une nouvelle alliance en faveur de la transparence budgétaire

par André LOUNDA 13 Juin 2026, 10:53 Economie

À Brazzaville, la gouvernance financière s’invite au cœur du débat sur le développement

Dans les salons feutrés de l’hôtel Radisson Blu de Brazzaville, la question de la transparence des finances publiques a occupé le devant de la scène ce vendredi 12 juin. Réunis à l’initiative de la Commission nationale de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques (CNTR), partenaires techniques et financiers, représentants des institutions nationales, organisations de la société civile et agences des Nations unies ont engagé une réflexion de fond sur les conditions d’une gouvernance budgétaire plus efficace au service du développement du Congo.
Au-delà du protocole, la rencontre a surtout révélé une ambition : faire de la transparence financière un levier stratégique de croissance, de crédibilité institutionnelle et d’attractivité économique.

Une institution en quête de moyens pour accomplir son mandat
Dans son discours d’ouverture, le président de la CNTR, Joseph Mana Fouafoua, a dressé un constat sans détour. Créée pour veiller à l’application du Code de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques, la Commission dispose aujourd’hui d’un mandat étendu mais de ressources limitées.
Chargée notamment de promouvoir les bonnes pratiques de gouvernance, de conduire des études et diagnostics sur les finances publiques, de valider les informations relatives aux recettes et dépenses de l’État et d’enquêter sur les violations des principes de transparence, la CNTR estime que ses capacités actuelles demeurent insuffisantes pour répondre aux attentes placées en elle. « La subvention de l’État, qui constitue jusqu’ici notre unique source de financement, ne permet pas de couvrir l’ensemble des activités prévues dans notre plan stratégique », a souligné son président, appelant à une mobilisation accrue des partenaires techniques et financiers ainsi qu’à un renforcement de l’appui gouvernemental.
À travers ce plaidoyer, la Commission cherche à obtenir les ressources nécessaires à la mise en œuvre de son plan stratégique 2025-2029, élaboré avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et assorti d’un plan d’action triennal inspiré de la gestion axée sur les résultats.

Le coût économique des « antivaleurs »
Le message central de la rencontre repose sur une idée simple : l’amélioration de la gouvernance financière constitue l’un des investissements les plus rentables pour l’économie congolaise.
Joseph Mana Fouafoua a rappelé que l’insuffisance de la transparence et de la reddition des comptes contribue à l’érosion des ressources publiques et limite la capacité de l’État à financer les secteurs prioritaires tels que l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes, les infrastructures ou encore l’agriculture.
Dans un contexte où la lutte contre les « antivaleurs » figure parmi les priorités affichées par les autorités congolaises, la CNTR entend se positionner non comme une institution de contrôle punitive, mais comme un partenaire de l’administration financière. « La CNTR doit être perçue comme un partenaire des gestionnaires des finances publiques et non comme un adversaire », a insisté son président.

Le PNUD : la transparence comme moteur du développement
La rencontre a également été marquée par une intervention remarquée de Madame Adama-Dian Barry, Représentante résidente du PNUD au Congo.
S’appuyant sur des données internationales, elle a rappelé que près de 5 % du PIB mondial seraient détournés chaque année à travers des flux financiers illicites, tandis qu’environ 30 % des investissements publics seraient perdus en raison d’inefficacités ou d’une mauvaise planification.
Pour la représentante du PNUD, ces dysfonctionnements se traduisent concrètement par un déficit d’écoles, d’hôpitaux, d’infrastructures économiques et sociales, ainsi qu’une dégradation de la confiance des investisseurs. « La transparence est à la bonne gouvernance ce que l’eau est à la vie », a-t-elle déclaré devant un auditoire attentif.
Au-delà des enjeux strictement financiers, elle a également insisté sur la dimension sociale et inclusive de la gouvernance publique, soulignant que les femmes et les jeunes demeurent les premières victimes des insuffisances dans la gestion des ressources publiques.

Un enjeu stratégique pour le cycle de développement 2027-2031
Le coordonnateur résident du système des Nations unies et président de la Troïka des partenaires au développement, Abdouramane Diallo, a replacé les travaux de la CNTR dans une perspective plus large.
À ses yeux, le renforcement de la gouvernance financière intervient à un moment charnière pour le Congo, alors que le pays prépare simultanément son futur Plan national de développement 2027-2031, sa Vision 2063 et les nouveaux cadres de coopération avec les Nations unies.
Selon lui, une CNTR pleinement opérationnelle pourrait contribuer significativement à l’amélioration des recettes publiques, à une meilleure qualité des dépenses de l’État et, à terme, à l’accélération du développement national.
Le responsable onusien a annoncé que le projet stratégique de la Commission serait présenté au sein des groupes thématiques de la Troïka afin d’identifier les synergies possibles entre les différents partenaires internationaux.

Une gouvernance crédible pour attirer les investisseurs
Derrière les discours institutionnels, la rencontre de Brazzaville a mis en lumière une réalité désormais largement admise par les bailleurs de fonds et les investisseurs internationaux : la qualité de la gouvernance est devenue un critère déterminant de compétitivité économique.
Dans un environnement régional marqué par les exigences croissantes de la CEMAC en matière de discipline budgétaire et de transparence, le renforcement de la CNTR apparaît comme un signal susceptible de rassurer les partenaires financiers tout en améliorant l’efficacité de la dépense publique.
La question demeure désormais celle de la traduction concrète de ces engagements en financements, en réformes et en résultats mesurables.
À l’issue de cette journée de dialogue, la CNTR espère avoir franchi une étape décisive : transformer le consensus autour de la transparence financière en un véritable pacte de gouvernance capable d’accompagner les ambitions de développement du Congo au cours de la prochaine décennie.

Commentaire
Cette rencontre marque un tournant important dans le positionnement de la CNTR. En choisissant de présenter son plan stratégique sous la forme d’un projet structuré et chiffré, l’institution adopte les standards attendus par les bailleurs internationaux. Plus qu’une simple opération de communication, l’exercice traduit une volonté de faire de la transparence budgétaire un outil de transformation économique. Dans un contexte de contraintes budgétaires persistantes, la capacité du Congo à renforcer ses mécanismes de gouvernance financière pourrait devenir l’un des facteurs déterminants de sa crédibilité auprès des investisseurs et de ses partenaires au développement.

 

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