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Kimbanguisme : à Brazzaville, l'appel solennel des << Bana 26 >> pour la paix et la réunification de l'Église

par André LOUNDA 14 Juin 2026, 16:04 Religion

Entre mémoire spirituelle, héritage familial et quête de réconciliation, les « Bana 26 » ont rompu le silence. À Nganga-Lingolo, dans la périphérie sud de Brazzaville, les responsables de cette mouvance kimbanguiste ont livré leur lecture d’une crise qui, depuis près d’un quart de siècle, continue de fracturer l’une des plus grandes Églises africaines. Dans le jardin sobre de la paroisse centrale de Nganga-Lingolo, les chants liturgiques ont précédé les prises de parole. Une prière, puis un long exposé. Le ton est grave mais mesuré. Le thème choisi pour cette conférence de presse n’a rien d’anodin : « Paix, unité et réconciliation ». Trois mots qui résonnent comme un programme autant que comme une supplique.

Face aux journalistes, les responsables de l’Église kimbanguiste dite « Bana 26 » ont souhaité, selon leurs propres termes, « éclairer l’opinion nationale et internationale » sur la crise qui secoue l’institution depuis plus de vingt ans. Une crise dont les répercussions dépassent largement les frontières de la République du Congo et touchent l’ensemble de la communauté kimbanguiste à travers le monde.

Une parole longtemps retenue
« Après vingt ans de silence, nous avons estimé qu’il était temps de parler », explique le révérend Kévin Damas Ngampio, ancien membre du Secrétariat général mondial de l’Église kimbanguiste.
Le choix du bilinguisme – français et lingala – se veut symbolique. Il renvoie à l’héritage même de Simon Kimbangu, figure prophétique africaine dont le message, selon les intervenants, invitait à préserver les langues et les cultures locales.
Derrière la dimension religieuse, c’est une question de mémoire qui affleure. Car le kimbanguisme n’est pas seulement une Église : il est aussi un pan majeur de l’histoire spirituelle et politique de l’Afrique centrale. Son fondateur, Simon Kimbangu, condamné par l’administration coloniale belge et emprisonné pendant trente années jusqu’à sa mort, demeure une figure de résistance et d’émancipation.

Le point de rupture de 2002
Les responsables des Bana 26 situent l’origine du conflit à la période qui a suivi la disparition, en août 2001, de Sa Béatitude Salomon Dialungana Kiangani, alors chef spirituel de l’Église.
Selon leur version des faits, les vingt-six petits-fils directs de Simon Kimbangu avaient alors conclu un accord de gestion collégiale. Simon Kimbangu Kiangani aurait été désigné chef spirituel et représentant légal, assisté de vingt-cinq adjoints issus des différentes branches de la descendance familiale.
Mais un an plus tard, affirment-ils, une assemblée générale extraordinaire tenue à Nkamba aurait profondément modifié cet équilibre, donnant naissance à des résolutions considérées par eux comme l’origine du schisme actuel.
Les intervenants dénoncent notamment des mesures ayant, selon eux, entraîné l’exclusion de certaines lignées familiales et provoqué une fracture durable entre les descendants du fondateur de l’Église.

« Le kimbanguisme ne peut survivre dans la division »
Tout au long des interventions, un même message revient avec insistance : le refus de la rupture définitive. « Nous ne voulons pas créer une nouvelle Église », martèlent les responsables présents.
Pour eux, l’enjeu dépasse les querelles de gouvernance ou les divergences doctrinales. Il touche à ce qu’ils considèrent comme l’essence même du message kimbanguiste : l’amour, le pardon et la fraternité.
Les orateurs évoquent les nombreuses tentatives de médiation entreprises au fil des années et regrettent l’échec des démarches de rapprochement. Ils appellent désormais à une rencontre directe entre les différentes branches de la famille spirituelle de Simon Kimbangu.
L’image employée est celle d’une famille appelée à « laver son linge sale en famille », loin des tribunaux et des affrontements médiatiques.

Entre foi et héritage
Derrière le débat religieux apparaît également la question de l’héritage historique de l’Église.
Les Bana 26 défendent une vision collégiale du pouvoir spirituel fondée, selon eux, sur les statuts historiques de l’institution et sur les recommandations des anciens dirigeants de l’Église.
À les entendre, la réunification ne saurait être obtenue par la contrainte administrative ou judiciaire. Elle passerait nécessairement par le dialogue entre les descendants directs du prophète et par une reconnaissance mutuelle des différentes sensibilités présentes au sein du mouvement.

Un appel aux autorités
Dans un ton respectueux mais ferme, les responsables présents ont également lancé un appel aux autorités congolaises.
Ils demandent au chef de l’État, garant des institutions et de la paix civile, de favoriser les conditions d’un dialogue susceptible de restaurer la concorde au sein de la communauté kimbanguiste.
Pour eux, préserver l’unité de cette œuvre religieuse née en Afrique centrale relève autant de l’intérêt spirituel que du patrimoine historique commun.

La presse interpellée
La conférence s’est achevée sur une note plus critique.
Les organisateurs ont exprimé leur incompréhension face à l’absence de certains médias invités. Sans citer de noms, ils ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une forme de mise à l’écart fondée sur des préjugés ou des informations incomplètes.
À leurs yeux, la mission du journaliste consiste précisément à écouter toutes les parties avant de se forger une opinion. « On ne condamne pas avant d’avoir entendu », résume l’un des intervenants.

Une espérance malgré les blessures
Alors que la prière de clôture retentissait dans la salle, un sentiment dominait : celui d’une blessure encore ouverte mais d’une volonté affichée de ne pas renoncer au dialogue.
Vingt-quatre ans après le début de la crise, les positions demeurent éloignées. Pourtant, les mots prononcés à Nganga-Lingolo ne parlaient ni de rupture ni de victoire.
Ils parlaient d’un rêve ancien : celui de voir, un jour, les héritiers spirituels de Simon Kimbangu se retrouver autour d’une même table.
Car dans cette Église née du sacrifice d’un homme devenu symbole de dignité africaine, nombreux sont ceux qui continuent de croire que la réconciliation reste possible.

 

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