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Au Congo, la transparence entre dans une nouvelle ère numérique

par André LOUNDA 14 Juillet 2026, 17:46 Economie

Brazzaville. Comment mesurer la qualité de la gouvernance financière d'un État sans soumettre ses propres institutions à un examen rigoureux ? En lançant, mardi 14 juillet à Brazzaville, la deuxième évaluation nationale de l'application du Code de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques (ECTR 2025), la Commission nationale de transparence et de responsabilité dans la gestion des finances publiques (CNTR) fait le choix d'un exercice aussi technique que stratégique : radiographier l'administration publique pour mesurer sa capacité à répondre aux exigences de transparence, de redevabilité et de performance.

Conduite avec l'appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette évaluation couvre les exercices budgétaires 2023, 2024 et 2025. Elle s'inscrit dans le prolongement de la première édition réalisée en 2024, dont les conclusions avaient permis d'identifier plusieurs fragilités dans le dispositif national de gestion des finances publiques et d'alimenter le plan stratégique 2025-2029 de la CNTR.

Au-delà d'un simple audit administratif, l'ambition est plus vaste : inscrire durablement la culture de la transparence au cœur de l'action publique, conformément aux engagements pris par le Congo dans le cadre des réformes communautaires de la CEMAC.

La révolution numérique au service de la gouvernance

L'édition 2025 marque un tournant majeur. Pour la première fois, l'ensemble du processus d'évaluation sera entièrement numérisé grâce à une plateforme développée avec l'appui technique du cabinet BMP Economic Consulting.

Collecte des données, traitement des informations, analyses comparatives, production des rapports : toutes les étapes seront désormais réalisées dans un environnement numérique conçu pour améliorer la fiabilité, la rapidité et la traçabilité des informations. Une évolution qui répond aux standards internationaux de la méthodologie PEFA, aujourd'hui considérée comme la référence mondiale en matière d'évaluation des finances publiques.

Cette digitalisation traduit une conviction désormais largement partagée : la qualité de la gouvernance dépend aussi de la qualité des données sur lesquelles reposent les décisions publiques.

Une gouvernance au service du développement

En accueillant cette rencontre à Poto-Poto, la maire de l'arrondissement 3, Lucie Okemba née Boukakas Ndéla, a replacé le débat dans une perspective plus large : celle du développement.

Rappelant la célèbre formule de Kofi Annan selon laquelle la bonne gouvernance demeure l'un des principaux leviers de lutte contre la pauvreté, elle a insisté sur le fait que cette évaluation permettra non seulement d'identifier les insuffisances du système actuel, mais aussi de proposer des réformes susceptibles d'améliorer durablement la gestion des ressources publiques.

Car derrière les indicateurs budgétaires se joue une question fondamentale : celle de la capacité de l'État à transformer efficacement les ressources publiques en politiques répondant aux attentes des citoyens.

Le PNUD mise sur la confiance

Pour le Programme des Nations unies pour le développement, cette démarche dépasse largement le cadre d'un exercice technique.

Le représentant de l'institution onusienne a rappelé que la transparence, l'intégrité et la redevabilité constituent aujourd'hui les fondements d'une gouvernance crédible, capable de renforcer la confiance entre les administrations, les citoyens et les partenaires au développement.

Il a salué les progrès accomplis depuis l'adoption, en 2017, du Code de transparence conforme aux directives de la CEMAC, tout en soulignant que l'ECTR 2025 devra servir de boussole pour les prochaines réformes.

Son message résume l'esprit de cette initiative : la transparence n'est pas une finalité administrative, mais une condition essentielle du développement durable.

Un levier de réforme institutionnelle

Le président de la CNTR, Joseph Mana Fouafoua, a rappelé que la transparence financière est devenue une exigence incontournable pour améliorer la mobilisation des recettes publiques, renforcer l'efficacité des dépenses de l'État et consolider le financement du développement.

Créée en 2019, la CNTR s'est vu confier une mission qui dépasse le simple contrôle : promouvoir les meilleures pratiques, évaluer l'application du Code de transparence, conduire des études, enquêter sur les violations éventuelles et éclairer les décisions publiques grâce à des évaluations objectives.

Pour lui, la modernisation numérique engagée cette année représente une avancée décisive. Elle permettra de produire des résultats plus fiables, plus rapides et davantage crédibles, tout en facilitant leur appropriation par les différentes administrations.

Le responsable de la CNTR a également appelé les ministères, les collectivités territoriales, les établissements publics ainsi que les partenaires techniques et financiers à s'impliquer pleinement dans cette dynamique afin d'assurer le succès du processus et la mise en œuvre du plan stratégique de l'institution à l'horizon 2029.

Construire une culture durable de la transparence

L'ECTR 2025 ne se limite pas à établir un diagnostic de la gouvernance financière congolaise. Elle ambitionne également d'installer une véritable culture de l'évaluation au sein des institutions publiques, où la performance, la responsabilité et la reddition des comptes deviennent des principes permanents de gestion.

Les rapports attendus constitueront des outils d'aide à la décision pour le gouvernement, les institutions de contrôle, les partenaires au développement et la société civile. Ils permettront de mesurer les progrès accomplis, d'identifier les marges d'amélioration et de guider les futures politiques publiques.

Dans un contexte où les bailleurs de fonds comme les citoyens exigent davantage de transparence dans la gestion des ressources publiques, le Congo choisit ainsi de faire de l'évaluation un instrument de réforme. Le véritable enjeu ne réside pas seulement dans la production de nouveaux indicateurs, mais dans la capacité des institutions à transformer ces diagnostics en décisions concrètes, afin que la bonne gouvernance cesse d'être un objectif proclamé pour devenir une réalité durable au service du développement national.

 

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