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Au Congo,Pierre Mabiala engage la refondation de la fonction publique sous le signe de discipline et de la performance

par André LOUNDA 23 Juillet 2026, 15:02 Politique

Brazzaville. – Plus qu'une simple prise de contact avec les cadres et agents de son département ministériel, la communication prononcée jeudi 23 juillet 2026 par le ministre d'État, ministre du Travail, de la Fonction publique et du Dialogue social, Pierre Mabiala, au Palais des Congrès de Brazzaville, s'apparente à un véritable acte fondateur. Derrière un discours d'une rare fermeté se dessine la volonté du gouvernement d'engager une réforme structurelle de l'administration congolaise, considérée comme l'un des leviers essentiels de la modernisation de l'État.

Investi de ses fonctions par décret présidentiel le 24 avril dernier, Pierre Mabiala a placé son mandat sous le sceau de « l'obligation de résultat ». En rappelant les missions assignées à son ministère — gestion des carrières, recrutement, discipline administrative, digitalisation, rationalisation des effectifs et amélioration de la gouvernance publique — le ministre d'État a inscrit son action dans la continuité des orientations définies par le Président de la République, Denis Sassou-N'Guesso, dans son projet de société L'Accélération de la marche vers le développement.

Mais au-delà du rappel institutionnel, c'est le diagnostic porté sur l'état de la fonction publique qui a retenu l'attention. Sans détour, Pierre Mabiala a dressé le portrait d'une administration fragilisée par des pratiques qui minent son efficacité : corruption, absentéisme, abandon de poste, fonctionnaires fictifs, doubles matricules de solde, réseaux de fraude, trafic d'influence, favoritisme et insuffisance du sens du service public.

Ce constat rejoint celui formulé par le chef de l'État, qui relève depuis plusieurs années que la bureaucratie, la négligence et la concussion nourrissent la défiance des citoyens et constituent un frein à l'attractivité économique du pays. Dans cette perspective, la réforme de la fonction publique dépasse la seule question administrative : elle devient un enjeu majeur de gouvernance, de crédibilité institutionnelle et de développement.

Le ministre d'État a ainsi présenté une feuille de route articulée autour d'un principe central : restaurer l'autorité de l'État par l'exemplarité de ses agents. La modernisation annoncée repose sur plusieurs piliers : assainissement du fichier des ressources humaines, maîtrise des effectifs, gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, évaluation annuelle des performances, contrats d'objectifs pour les responsables administratifs, généralisation d'un code d'éthique et de déontologie, digitalisation des procédures et renforcement des mécanismes de contrôle.

La décision d'engager une revue générale des effectifs à compter du 2 novembre 2026, avec l'obligation pour chaque agent de justifier mensuellement de sa présence effective à son poste, constitue l'une des mesures les plus structurantes de cette réforme. Elle vise à mettre fin aux rémunérations indues de fonctionnaires déserteurs, fictifs ou irrégulièrement maintenus sur les fichiers de paie.

Dans le même esprit, l'annonce de la suspension des procurations abusives servant au retrait des salaires, la mise en place prochaine d'un numéro vert destiné à recueillir les dénonciations des faits de corruption, ainsi que les descentes inopinées promises par le ministre dans les administrations témoignent d'une volonté d'installer une culture de responsabilité et de reddition des comptes.

Cette réforme ne se limite toutefois pas à une logique de contrôle. Pierre Mabiala a également insisté sur la nécessité de valoriser les agents exemplaires. L'institution d'un Prix d'excellence de la Fonction publique, décerné chaque année par le Président de la République, entend promouvoir le mérite, la compétence, la ponctualité, le professionnalisme et le sens du devoir comme nouvelles références du service public.

Autre évolution significative, le projet de réaménagement des horaires administratifs, désormais envisagés de 8 heures à 15 heures tout en maintenant la durée hebdomadaire de 35 heures, traduit la volonté d'adapter l'organisation du travail aux réalités sociales et aux impératifs d'efficacité des administrations publiques.

Sur le plan politique, cette communication constitue l'un des premiers grands chantiers de réforme engagés depuis la mise en place du gouvernement issu des orientations présidentielles de 2026. Elle traduit une ambition claire : faire de la fonction publique un moteur de transformation de l'État plutôt qu'un facteur de lourdeur administrative.

Le succès de cette entreprise dépendra cependant de plusieurs conditions : la capacité de l'administration à conduire une digitalisation effective, la mise en œuvre impartiale des sanctions annoncées, la protection des agents intègres, ainsi que l'adhésion durable des organisations syndicales et des fonctionnaires à cette dynamique de changement.

Car la modernisation de la fonction publique ne se décrète pas uniquement par des textes. Elle suppose une évolution profonde des pratiques administratives, des comportements professionnels et de la culture du service public. En plaçant la discipline, l'éthique, la transparence et la performance au cœur de son action, Pierre Mabiala ouvre un chantier qui pourrait durablement redéfinir les rapports entre l'administration congolaise et les citoyens.

Les échanges qui ont clôturé cette rencontre entre le ministre d'État, les responsables administratifs, les partenaires sociaux et les agents de son département, suivis d'une photo de famille, ont symbolisé l'ouverture d'une nouvelle séquence institutionnelle. Celle-ci porte une ambition clairement affichée : construire une fonction publique plus moderne, plus efficace et davantage tournée vers l'intérêt général, au service de l'État et du développement de la République du Congo.

 

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