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Les États africains peuvent-ils encore considérer la coopération internationale comme un simple levier de développement ? Pour l'expert international en intelligence économique Patrice PASSY, cette lecture appartient désormais au passé. Dans une analyse de fond, il invite les décideurs africains à repenser leurs relations avec les partenaires internationaux à l'aune d'une réalité plus complexe : celle d'une compétition mondiale où l'économie est devenue un instrument de puissance.
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Selon lui, les institutions financières internationales, les États partenaires et les grandes entreprises multinationales ne sont pas uniquement des bailleurs de fonds ou des partenaires techniques. Ils participent également à des stratégies d'influence destinées à sécuriser leurs intérêts économiques, leurs approvisionnements, leurs marchés et leur accès aux données stratégiques.
Dans cette perspective, la coopération internationale ne saurait être réduite à une logique de solidarité. Elle s'inscrit dans un rapport de force où la maîtrise de l'information, des normes juridiques, de la finance et des technologies constitue désormais un avantage décisif.
« Le véritable défi n'est pas de refuser les partenariats internationaux, mais de disposer des moyens intellectuels et institutionnels permettant de les comprendre, de les négocier et de les maîtriser », défend Patrice PASSY.
Une souveraineté économique à reconstruire
Au cœur de son approche figure la doctrine nationale de sécurité économique, un concept qu'il présente comme un véritable bouclier stratégique destiné à protéger les intérêts fondamentaux des États.
Cette doctrine repose sur une conviction forte : les nations les plus vulnérables ne souffrent pas uniquement d'un manque de ressources, mais surtout d'un déficit d'intelligence stratégique. Dans un monde marqué par une « guerre économique invisible », l'information, le droit, les normes internationales et les instruments financiers deviennent autant de leviers d'influence et parfois de domination.
L'objectif est donc de permettre aux États de préserver leurs secteurs stratégiques, de détecter les stratégies concurrentes, de renforcer leur autonomie de décision et de transformer les partenariats internationaux en outils de développement réellement maîtrisés.
Une lecture offensive des partenariats internationaux
À travers une analyse SWOT revisitée sous l'angle de l'intelligence économique, Patrice PASSY montre que les financements extérieurs, les investissements étrangers et l'assistance technique constituent certes des opportunités importantes, mais qu'ils ne sont jamais dénués d'intérêts stratégiques.
La véritable faiblesse, estime-t-il, réside dans l'insuffisante préparation des élites politiques, administratives et économiques. Beaucoup de décideurs restent peu familiarisés avec les mécanismes de la guerre économique, les techniques de négociation internationale, les montages juridiques complexes ou encore les stratégies de contre-influence.
Cette vulnérabilité ouvre la voie à des formes discrètes de dépendance, où les partenaires extérieurs exploitent davantage les failles institutionnelles qu'ils ne les créent.
Construire une intelligence économique nationale
Face à cette réalité, l'expert appelle à bâtir un véritable écosystème national de souveraineté économique. Celui-ci reposerait sur la création de centres d'intelligence économique, de think tanks stratégiques, d'instituts universitaires spécialisés, de cellules de négociation de haut niveau ainsi que de dispositifs permanents de veille, d'analyse et de contre-influence.
Dans un contexte international devenu multipolaire, la diversification des partenaires représente également, selon lui, une opportunité pour renforcer les marges de négociation des États africains. Encore faut-il disposer des compétences nécessaires pour arbitrer ces nouvelles relations de puissance.
De la dépendance à la maîtrise
L'analyse met enfin en garde contre une domination silencieuse qui s'exerce moins par la contrainte militaire que par l'influence normative, la dépendance financière, la captation des ressources, le contrôle des flux d'information et l'orientation progressive des politiques publiques.
Pour Patrice PASSY, l'histoire récente montre que l'aide extérieure ne garantit pas, à elle seule, un développement autonome et durable. En l'absence d'une véritable doctrine de sécurité économique, elle peut même contribuer à enfermer certains États dans une dépendance stratégique durable.
Son message est sans ambiguïté : les partenariats internationaux ne constituent ni une menace ni une garantie de développement. Tout dépend de la capacité des États à défendre leurs intérêts nationaux grâce à une intelligence économique structurée, à des élites stratégiquement formées et à des institutions capables d'anticiper, de négocier et d'influencer.
En guise de conclusion, l'expert lance un appel au patriotisme économique : « Un État qui ne comprend pas la guerre économique devient le terrain d'exercice de la stratégie des autres. Un État qui s'en protège devient un acteur pleinement souverain. »
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