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À Bacongo, le MBUNDANI transforme le conte du Caméléon et du Singe en une leçon de fraternité

par André LOUNDA 31 Août 2026, 16:51 Religion

Au Kimoko KINATA, le culte Ngunza-Matsouaniste du dimanche 30 août 2026 a placé la parole, la fraternité et la responsabilité au cœur d’une prédication où le mensonge et la calomnie apparaissent comme des poisons capables de détruire le lien entre les hommes.

Brazzzaville — Au Kimoko KINATA de Bacongo, ce dimanche 30 août 2026, la spiritualité Ngunza-Matsouaniste s’est exprimée dans ce qu’elle a de plus vivant : la parole, le rythme, la mémoire et la transmission. Dans une atmosphère traversée par les chants, l’animation spirituelle et les séquences de rythmes chauds, les fidèles ont été conviés à un exercice de conscience autour d’une histoire ancienne, mais dont la portée demeure profondément contemporaine.

Officié par Ngudi Nganga, Mbuta Massengo Mbemba, « le Léopard », Guide spirituel de la Communauté Spirituelle Ngunza-Matsouaniste, le culte du MBUNDANI a porté sur le Proverbe 19 — « Le Caméléon et le Singe », U30.

Derrière les apparences d’un récit mettant en scène deux animaux se cache une interrogation essentielle : que devient la fraternité lorsque la confiance est remplacée par la ruse, la vérité par la calomnie et la responsabilité par l’accusation de l’autre ?

« Avale ce qui est droit, crache ce qui est transversal »

La prédication s’est ouverte sur une sentence en kongo : « KIA SUNGAMA MINA ; KIA KAMBAKANA LOBULA KIO », traduite par : « avale ce qui est droit, crache ce qui est transversal ».

Une formule qui, dans l’enseignement du Ngudi Nganga, renvoie à la nécessité de discerner ce qui construit de ce qui corrompt, ce qui élève de ce qui détruit.

Puis est revenue cette parole devenue presque universelle : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. » Une manière de rappeler que l’existence est mouvement, que chaque instant transforme l’homme et que toute expérience, heureuse ou douloureuse, doit devenir matière à apprentissage.

Le jour où l’amitié devint accusation

L’histoire de MAKAKU, le singe, et de LUNGUENIA, le caméléon, deux amis inséparables, a constitué le cœur de la prédication.

Dans la vision exposée par le Guide spirituel, la fraternité ne saurait être réduite au lien du sang. Elle repose d’abord sur la reconnaissance de l’image de NZAMBI A MPUNGU TULENDO en chaque être humain.

Autrement dit, l’autre n’est pas seulement celui qui appartient à ma famille. Il est celui avec lequel je partage une humanité, une dignité et, plus largement, un destin commun.

Mais cette fraternité peut se fissurer.

Un jour, MAKAKU boit le vin de palme de SONGI, le malafoutier du village. Pris de peur lorsque le propriétaire découvre la disparition de son vin, le singe imagine une ruse : faire croire que celui qui a bu marche en titubant.

Le test tourne au drame.

Le caméléon, dont la démarche est naturellement particulière, est désigné comme coupable. Il est frappé à mort.

La première leçon est brutale : lorsque l'on cherche un coupable plutôt que la vérité, l'innocent peut devenir victime.

Le caméléon ou la revanche de la calomnie

Mais LUNGUENIA n’oublie pas.

Quelques jours plus tard, le caméléon provoque en coulisse un feu de brousse. Savanes, vergers, forêts et champs sont ravagés. Les villageois cherchent les responsables.

Le caméléon retourne alors contre son ancien ami la même arme dont il avait été victime : la suspicion.

Il affirme que celui qui a allumé le feu devait avoir les mains noires après avoir touché le tison. Les mains de MAKAKU sont effectivement noires.

Le verdict tombe.

Le singe est fouetté à mort.

Ainsi, dans le récit transmis au Kimoko KINATA, la calomnie ne produit jamais de véritable justice : elle reproduit la violence et multiplie les victimes.

Le premier mensonge avait tué le caméléon. Le second mensonge tue le singe.

Et entre les deux drames, une même mécanique : l'accusation sans preuve.

« C'est la nature qui a voulu ainsi » : quand l'excuse devient une fuite

La prédication s’est également attardée sur une formule récurrente : « C’est la nature qui a voulu ainsi. »

C’est la nature qui fait marcher le caméléon de telle manière.

C’est la nature qui détruit une maison sous la pluie.

C’est la nature qui fait revenir les saisons.

C’est la nature qui expose l’homme au malheur.

Mais, rappelle implicitement l’enseignement, cette formule ne doit pas devenir un refuge permettant à l’homme de fuir sa propre responsabilité.

Car si certaines choses échappent au contrôle humain, les choix, les paroles, les mensonges et les actes demeurent de la responsabilité de celui qui les pose.

La leçon prend alors une dimension morale : on récolte ce que l’on a semé.

La règle d’or au cœur du MBUNDANI

Au milieu de cette histoire tragique, le message du Ngudi Nganga s’est cristallisé autour d’une règle d’or :

traiter l’autre comme on voudrait être traité.

Ou encore : ne pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas subir soi-même.

Une règle simple dans sa formulation, mais exigeante dans sa pratique.

Car la fraternité ne se proclame pas seulement. Elle se vérifie dans la parole donnée, dans la manière de parler de l’absent, dans le refus de l'humiliation, dans la capacité à reconnaître ses torts et dans la volonté de ne pas sacrifier son prochain pour se sauver soi-même.

La calomnie, cette fissure qui peut faire tomber le village

Un autre proverbe kongo est venu renforcer cette exhortation : « WA SOMPILA HA NIMA LONDE, HA BULA KA HUNINA », présenté en français comme : « celui qui emprunte dans le village voisin a déjà menti dans son propre village. »

Dans la lecture spirituelle proposée, le commérage, la diffamation et la calomnie ne sont donc pas de simples écarts de langage.

Ils peuvent devenir des forces de désunion.

Un mot peut opposer deux familles. Une rumeur peut détruire une réputation. Une accusation mensongère peut transformer un voisin en ennemi. Une calomnie répétée peut finalement devenir, dans l’esprit collectif, une prétendue vérité.

C’est précisément cette mécanique que le récit du Caméléon et du Singe invite à combattre.

« Si ce n’est pas par le pied, ce sera par la bouche »

La prédication s’est achevée sur une autre sentence en kongo : « MU LUTAMBI WA LEMBO BAKA MAMBU, MU NWA WA NGE BENI U BAKILANGA MO », rendue ainsi : « si ce n’est pas par le pied, ce sera par la bouche que tu t’engageras dans des troubles. »

Puis le mot : Ngeta !

Dans l’économie spirituelle du MBUNDANI, cette conclusion sonne comme un avertissement.

L’homme peut se mettre en difficulté par ses actes, mais aussi par ses paroles.

La bouche peut être un instrument de paix comme elle peut devenir une arme. Elle peut réconcilier ou séparer, transmettre la vérité ou fabriquer le mensonge, préserver l’honneur ou organiser la chute d’un autre.

À Bacongo, une parole ancienne pour des défis très actuels

Au Kimoko KINATA, le culte du 30 août n’a donc pas seulement raconté l’histoire de deux animaux.

Il a posé une question à la communauté humaine : que vaut une fraternité que le mensonge peut détruire ?

À travers les chants, les rythmes chauds, la ferveur des fidèles et la parole du Ngudi Nganga Mbuta Massengo Mbemba, le Léopard, le récit du Caméléon et du Singe est devenu un miroir.

Un miroir tendu à chacun.

Car le message du MBUNDANI est sans détour : la fraternité commence par la reconnaissance de l’autre ; elle se nourrit de vérité ; elle se protège par la retenue ; et elle meurt lorsque la calomnie devient une manière de vivre.

Dans le silence qui suit parfois les grandes paroles, une responsabilité demeure : avant d’accuser l’autre, regarder ses propres mains ; avant de répéter une rumeur, interroger sa propre bouche ; avant de condamner, rechercher la vérité.

C’est peut-être là que réside la véritable leçon du Caméléon et du Singe : dans une communauté, nul ne gagne lorsque l’autre est détruit.

 

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