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À Brazzaville, la bataille contre le plastique devient un combat pour la citoyenneté

par André LOUNDA 1 Août 2026, 18:31 Société

Sous un soleil déjà haut, des sacs de ramassage à la main et des gants de protection enfilés, plusieurs centaines de volontaires avancent lentement le long de l'avenue qui relie le rond-point de la Patte d'Oie à l'hôpital de Référence de Talangaï. Ministres, élus municipaux, représentants des Nations unies, agents publics, associations et simples citoyens se mêlent dans une même colonne. Le premier samedi du mois d'août, consacré à l'assainissement de la capitale congolaise, prend cette fois une dimension particulière : à deux semaines de la célébration de l'indépendance, Brazzaville veut afficher un autre visage, celui d'une ville qui tente de reconquérir ses espaces publics.

À la tête de cette marche citoyenne, le ministre de l'Assainissement et du Développement local, Juste Désiré Mondélé, est accompagné notamment du président du Conseil départemental et municipal de Brazzaville, Dieudonné Bantsimba, du représentant du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ainsi que de nombreux partenaires institutionnels.

Le parcours, ponctué de haltes de sensibilisation, traverse le rond-point de Moungali, la mairie de Ouenzé, avant de s'achever à Talangaï. Au-delà du simple ramassage de déchets plastiques, l'opération entend installer une nouvelle culture environnementale dans une capitale où la prolifération des emballages plastiques demeure l'un des principaux défis urbains.

Face aux journalistes, devant la mairie de Ouenzé, le ministre refuse de fixer une date de fin à la campagne « Zéro déchet plastique, Zéro paludisme ». « On ne peut pas s'arrêter », affirme-t-il, rappelant que cette initiative bénéficie de l'appui du système des Nations unies, du Club des partenaires de l'assainissement ainsi que de la Fondation Congo Assistance, portée par la Première Dame de la République, engagée comme championne de cette cause auprès des Nations unies.

Pour le ministre, la lutte contre les déchets dépasse largement les considérations esthétiques. Elle relève d'abord d'une politique de santé publique. « L'assainissement est un objectif prophylactique », insiste-t-il. Derrière les détritus abandonnés se cachent les eaux stagnantes, les gîtes larvaires favorisant le paludisme, mais aussi une pollution durable des sols causée par les plastiques à usage unique.

À mesure que la marche progresse, un constat s'impose : la saleté urbaine n'est pas seulement une question de moyens financiers ou d'organisation administrative. Elle révèle aussi une crise du comportement citoyen. « Tout ce qu'on retrouve dans la rue est le fait de l'homme », observe le ministre. « Nous voulons une ville propre tout en continuant parfois à la salir. »

Dans son discours, la responsabilité individuelle occupe une place centrale. Patriotisme, civisme et amour de la cité deviennent les piliers d'une politique publique qui cherche à transformer durablement les habitudes. « Il faut aimer notre ville, notre quartier, notre pays », répète-t-il, appelant chaque Congolais à considérer la propreté comme un devoir collectif plutôt qu'une responsabilité exclusive des pouvoirs publics.

Cette insistance intervient alors que les sachets plastiques, pourtant interdits par la réglementation congolaise, réapparaissent massivement sur les marchés.

Interrogé sur une éventuelle intensification des sanctions, Juste Désiré Mondélé plaide pour une stratégie équilibrée. « La pédagogie et la répression doivent aller de pair », reconnaît-il, tout en privilégiant la sensibilisation. Selon lui, seule une prise de conscience collective permettra d'obtenir des résultats durables. Le plastique, rappelle-t-il, demeure une source de pollution persistante et représente également un risque sanitaire lorsqu'il est utilisé pour certains emballages alimentaires.

Cette mobilisation s'inscrit également dans une perspective nationale. Si Brazzaville sert aujourd'hui de laboratoire, le gouvernement entend étendre la campagne aux autres départements.
À l'approche de la rentrée scolaire, les établissements d'enseignement devraient devenir des relais essentiels de cette stratégie environnementale. « Les apprenants seront associés à cette dynamique », annonce le ministre, convaincu que le changement des comportements commence dès le plus jeune âge.

Cette ambition trouve désormais un cadre institutionnel avec l'adoption du Plan national de l'assainissement (PNA). Longtemps attendue, cette feuille de route vise à coordonner les multiples initiatives jusque-là conduites de manière dispersée par les administrations, les collectivités territoriales et les partenaires techniques. « Désormais, chacun ne jouera plus sa partition isolément », explique le ministre. « Le PNA permettra d'harmoniser les actions afin d'obtenir des résultats cohérents, mesurables et durables. »

Au-delà des sacs de déchets remplis au fil des kilomètres, cette marche laisse entrevoir une réalité plus profonde : la transition écologique congolaise ne se gagnera ni uniquement dans les bureaux des administrations, ni seulement à coups de décrets. Elle dépendra surtout de la capacité des citoyens à transformer leurs gestes quotidiens en un engagement collectif.

À Brazzaville, le nettoyage des rues apparaît ainsi comme le symbole d'une ambition plus vaste : faire de la capitale non seulement une ville plus propre, mais aussi le reflet d'une citoyenneté renouvelée, où le respect de l'environnement devient l'une des expressions les plus concrètes de l'amour de la nation.

 

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