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À Brazzaville, le samedi 29 août 2026, l’Alliance Maternelle dans un Esprit National (AMEN), qui réunit notamment des jeunes de l’UDR-Mwinda et du Mouvement Réussite (MR), se veut désormais une vigie politique et citoyenne. Dans un message rendu public par son coordinateur-adjoint, Roland Rozis Nzoussi, la plateforme transmet les remerciements de Magloire Montan, président du MR, au chef de l’État, tout en l’appelant à davantage d’écoute, de stratégie et d’efficacité dans la conduite des affaires publiques.
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Le ton est à la fois reconnaissant, critique et spirituel. Dans son message, la plateforme AMEN que dirige Jovin Dahira Siassia cherche à occuper un espace singulier dans le paysage politique congolais : celui d’une jeunesse qui ne revendique pas seulement le droit à la parole, mais entend également interpeller le pouvoir sur les urgences sociales, économiques et institutionnelles du pays.
Au cœur de cette déclaration figure une conviction : le Congo ne pourra sortir durablement de ses difficultés sans une mobilisation collective fondée sur la responsabilité, l’amour du prochain et une conception plus exigeante de l’action publique.
« Le malheur est le fruit du mal », rappelle Magloire Montan, dans une formule qui résume sa lecture de la situation nationale. Selon lui, la pauvreté ne saurait être combattue efficacement sans une véritable stratégie d’éradication et sans une transformation des comportements individuels et collectifs.
Le message adressé au président de la République, Denis Sassou N’Guesso, n’est donc pas celui d’une opposition frontale. Il mêle reconnaissance et avertissement.
Magloire Montant remercie notamment le chef de l’État pour son implication dans le rétablissement de Guy Romain Kinfoussia, présenté comme un « doyen de la politique » et un proche du président. Il salue également ce qu’il considère comme une ouverture nouvelle à l’égard de la diaspora congolaise, en évoquant plusieurs personnalités, parmi lesquelles Djo Balard, Benoît Koukébéné et l’ancien patriarche Martin Mbéri.
Mais derrière ces marques de considération se dessine une demande beaucoup plus politique : que le chef de l’État prête davantage attention aux voix qui l’alertent sur les difficultés du pays et qu’il s’entoure de collaborateurs capables de faire remonter les préoccupations réelles de la population.
Pour AMEN, le problème ne résiderait donc pas uniquement dans les décisions prises au sommet de l’État, mais aussi dans la qualité de l’entourage présidentiel et dans la capacité de celui-ci à entendre les signaux venant de la société.
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La plateforme revendique par ailleurs une place particulière pour la jeunesse.
Dans le discours de Roland Rozis Nzoussi, celle-ci apparaît comme une génération confrontée à une contradiction : elle constitue l’essentiel de la population, mais demeure, selon lui, insuffisamment associée à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques.
« Nous sommes conscients de la mission qui est la nôtre », affirme-t-il en substance.
AMEN entend ainsi transformer la jeunesse en force de proposition plutôt qu’en simple réservoir électoral. La plateforme veut exercer une forme de veille nationale et appelle à une accélération du développement.
Cette ambition se heurte cependant, selon ses responsables, à une réalité sociale préoccupante : difficultés économiques, précarité, accès aux soins et sentiment d’abandon d’une partie de la population.
Le discours se fait alors particulièrement grave lorsqu’il évoque les familles confrontées à la pauvreté, les nombreux décès et les difficultés rencontrées dans le secteur sanitaire. Pour AMEN, ces situations ne doivent pas être considérées comme une fatalité.
L’originalité du message tient aussi à la place centrale accordée à la religion.
Pour la plateforme, l’Église ne devrait pas rester en marge des débats sur la gouvernance et l’avenir du Congo. Elle disposerait, selon Roland Rozis Nzoussi, d’une capacité de mobilisation exceptionnelle, supérieure même aux moyens matériels traditionnellement utilisés dans les campagnes politiques.
Le raisonnement est assumé : politique et foi ne seraient pas deux univers séparés lorsqu’il s’agit de la conduite de la chose publique.
AMEN invite ainsi les responsables religieux à prendre davantage part à la recherche de solutions aux difficultés nationales. Dans cette lecture, la foi chrétienne doit produire des effets concrets dans la société : responsabilité, solidarité, justice et amour du prochain.
Le constat dressé par la plateforme est sévère. Elle estime que le contraste entre les foules rassemblées dans les lieux de culte et les difficultés vécues quotidiennement par ces mêmes fidèles interroge la capacité de la société congolaise à traduire les valeurs proclamées en actes.
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C’est sans doute l’un des fils conducteurs du discours d’AMEN : la crise congolaise serait aussi, et peut-être d’abord, une crise du lien social.
« Le manque d’amour du prochain » est présenté comme un mal transversal, susceptible d’affecter aussi bien la politique que l’économie, la santé, l’éducation ou encore l’administration.
La plateforme appelle donc à une rupture avec ce qu’elle considère comme les « turpitudes » collectives qui entretiennent la pauvreté et l’inefficacité.
Loin d’exonérer les citoyens de leurs responsabilités, ce discours les renvoie eux aussi à leurs devoirs. La transformation du pays ne pourrait venir exclusivement du palais présidentiel : elle supposerait une mobilisation de la société dans son ensemble.
Dans son intervention, le coordinateur-adjoint d’AMEN élargit également son propos aux questions de sécurité nationale, en faisant référence à la situation survenue à Pouya et aux préoccupations concernant les agents de la marine congolaise face à une armée étrangère.
Sur ce terrain hautement sensible, la plateforme en appelle directement au chef de l’État, présenté comme le garant de la sécurité et de la souveraineté nationales.
Cette séquence traduit une volonté de faire de la plateforme AMEN non seulement un acteur du débat social, mais également une vigie sur les questions régaliennes.
Au terme de son intervention, Roland Rozis Nzoussi revient à l'essentiel : l'appel au dialogue.
AMEN demande au président de la République de s'ouvrir davantage à Magloire Montan et d'entendre ses interpellations. L'enjeu, selon la plateforme, dépasse les intérêts d'un parti ou d'un courant politique : il concernerait directement l'avenir du Congo.
Cette démarche place AMEN dans une posture politique inhabituelle. La plateforme critique le pouvoir tout en reconnaissant l'autorité du chef de l'État ; elle interpelle sans rompre ; elle invoque Dieu tout en parlant de gouvernance ; elle revendique la jeunesse tout en appelant les responsables politiques et religieux à leurs responsabilités.
Reste désormais à savoir si cette parole trouvera un écho au sommet de l'État.
Car derrière les références à la foi, à l'amour du prochain et à la responsabilité collective, AMEN pose une question très politique : comment transformer les promesses de développement en résultats perceptibles dans la vie quotidienne des Congolais ?
Pour la plateforme, la réponse passe par une accélération de l'action publique, une meilleure écoute de la société, une jeunesse davantage responsabilisée et un entourage présidentiel capable de faire remonter les réalités du pays.
« Il arrivera, et il arrivera, un Congo meilleur pour tous, accepté et respectueux », proclame Magloire Montan.
Une formule qui tient à la fois de l'espérance et du défi. Car au-delà des convictions religieuses et des appartenances partisanes, c'est bien la question de l'efficacité de l'État et de la capacité du Congo à convertir son potentiel en progrès social qui se trouve posée.
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