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GFAC 2026: Rosalie Matondo défend une révolution agricole sans sacrifier les forêts du Congo

par André LOUNDA 6 Août 2026, 09:41 Economie

Grand Angle – À Bambou-Mingali

Sous les immenses chapiteaux de la deuxième édition de la Grande Foire Agricole du Congo (GFAC), les odeurs de cacao, de miel, de manioc transformé, d'épices, de fruits tropicaux et de produits forestiers non ligneux racontent une autre histoire du Congo. Celle d'un pays longtemps décrit comme dépendant des importations alimentaires, mais qui entend désormais démontrer qu'il sait produire, transformer et valoriser ses propres richesses.

Au milieu des visiteurs, des producteurs et des entrepreneurs agricoles, la ministre de l'Économie forestière, Rosalie Matondo, voit dans cette foire bien davantage qu'une simple exposition commerciale. Pour elle, la GFAC est devenue le symbole d'une ambition nationale : bâtir une souveraineté alimentaire sans renoncer à l'immense patrimoine forestier du Bassin du Congo.

« La GFAC représente avant tout la promotion du Made in Congo », affirme-t-elle. À ses yeux, chaque stand constitue une démonstration concrète du potentiel agricole national. « Tous ceux qui exposent ici produisent au Congo. Les produits agricoles, les produits transformés, les spécialités de chaque département sont réunis dans un même espace. C'est une immense fierté nationale. »

Briser le mythe d'un Congo qui ne produit pas

Depuis plusieurs décennies, le Congo souffre d'une réputation tenace : celle d'un pays vivant principalement des importations alimentaires malgré des ressources naturelles considérables.
La ministre estime que cette foire apporte un démenti visible à cette perception. « On entend souvent dire que le Congo ne produit pas et qu'il ne consomme que des produits importés. Ici, chacun peut constater le contraire. Département après département, les producteurs démontrent leur savoir-faire, tandis que de nouveaux entrepreneurs investissent dans l'agriculture et la transformation agroalimentaire. »
La GFAC devient ainsi une vitrine économique autant qu'un espace de reconnaissance pour des milliers d'acteurs souvent invisibles dans les statistiques nationales.

Une volonté politique portée au sommet de l'État

Rosalie Matondo inscrit cette dynamique dans la continuité des orientations fixées par le président Denis Sassou-N'Guesso. Selon elle, l'agriculture n'est plus un simple discours politique mais un chantier stratégique.
Elle rappelle que le chef de l'État a personnellement lancé les préparatifs de cette édition en février avant d'en assurer lui-même l'ouverture officielle ce 5 août.
« Depuis toujours, le Président affirme que l'agriculture est la priorité des priorités. Aujourd'hui, cette volonté politique se traduit par des actes. Il est venu rencontrer les producteurs, visiter chaque stand, les encourager et même acheter leurs produits. »
Pour la ministre, cette proximité présidentielle constitue un signal fort envoyé aux investisseurs comme aux agriculteurs.

L'économie forestière revendique sa place dans la souveraineté alimentaire

Loin d'opposer agriculture et forêt, le ministère de l'Économie forestière revendique un rôle central dans cette transformation.
Sur le site de la foire, plusieurs structures publiques présentent leurs actions : le Programme national d'afforestation et de reboisement (PRONAR), le Service de valorisation des produits forestiers non ligneux, le Service national de reboisement ainsi que le projet ECOZAMBA, développé avec la SNPC.

À leurs côtés, des pépiniéristes exposent des milliers de jeunes plants destinés au reboisement et à l'agroforesterie.
Cette présence illustre une conviction : l'avenir agricole du Congo passera autant par les cultures que par la valorisation durable des ressources forestières.

« Il n'est pas nécessaire de détruire les forêts pour produire »

Interrogée sur la progression de la déforestation liée aux pratiques agricoles, Rosalie Matondo adopte un ton ferme.
Son constat est sans appel : le Congo ne souffre pas d'un manque de terres cultivables mais d'un mauvais choix des espaces exploités. « Notre pays dispose de près de onze millions d'hectares de savanes encore disponibles. Nous n'avons donc pas de concurrence entre agriculture et forêt. Nous pouvons parfaitement développer notre production sans détruire les massifs forestiers. »
Pour elle, l'avenir repose sur une agriculture durable capable de valoriser ces vastes espaces ouverts, riches en eau et en sols encore peu exploités.

Tourner définitivement la page de l'agriculture itinérante sur brûlis

La ministre identifie clairement l'une des principales causes de la déforestation : l'agriculture itinérante sur brûlis, qui pousse les cultivateurs à rechercher continuellement de nouvelles terres supposées plus fertiles.
Elle appelle à une évolution profonde des pratiques agricoles. « Nous devons convaincre les communautés qu'il est possible de cultiver durablement sur une même parcelle grâce à l'amélioration des sols, aux amendements organiques et à la fertilisation biologique. C'est cette transition que nous voulons accompagner. »
Au-delà des techniques agricoles, elle voit dans cette mutation un véritable changement culturel, où la conservation des forêts devient compatible avec l'augmentation des rendements.

La GFAC, laboratoire du Congo agricole de demain

En réunissant agriculteurs, chercheurs, industriels, pépiniéristes, institutions publiques et partenaires techniques, la Grande Foire Agricole du Congo dépasse désormais le cadre d'une manifestation commerciale. Elle devient le reflet d'une stratégie nationale où la souveraineté alimentaire, la création de valeur locale et la préservation des forêts avancent de concert.

À Bambou-Mingali, les stands ne racontent donc pas seulement l'abondance des récoltes. Ils dessinent les contours d'un nouveau contrat entre agriculture et environnement, où le Made in Congo ambitionne de nourrir le pays tout en protégeant l'un des plus grands patrimoines forestiers de la planète.

 

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