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À l'UPADS, l'heure des comptes et de la reconquête politique

par André Lounda 11 Septembre 2026, 16:14 Politique

Réunis vendredi 11 septembre à Brazzaville pour la première session extraordinaire de leur bureau politique depuis le congrès de novembre 2025, les responsables de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale ont placé les prochaines échéances électorales au cœur de leurs débats. Dans son discours d’ouverture, Pascal Tsaty-Mabiala a également dressé un tableau particulièrement critique de la situation économique, sociale et sécuritaire du Congo.

Brazzaville. — Dans la salle Pascal-Lissouba, au siège de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), l’ambiance était à la fois solennelle et studieuse, vendredi 11 septembre. Dix mois après le deuxième congrès ordinaire du parti, tenu du 20 au 22 novembre 2025 au Palais des congrès de Brazzaville, les membres du bureau politique se retrouvaient pour une session extraordinaire appelée à fixer une nouvelle feuille de route.

Convoquée par l’acte n°011/2026/UPADS/CN/PPE du 2 septembre 2026, cette réunion intervient à un moment où la formation historique de Pascal Lissouba cherche à réaffirmer sa présence dans le débat public et à préparer les prochaines élections législatives, locales et sénatoriales.

Dès l’ouverture, le modérateur, Benjamin Ngoma, a voulu donner à la rencontre une dimension qui dépasse la simple mécanique statutaire. La session, a-t-il expliqué en substance, doit être celle de « la responsabilité », de « la vigilance » et de « l’avenir ». Pour l’UPADS, l'enjeu est désormais de traduire les orientations du dernier congrès en une stratégie politique capable de renforcer l’implantation du parti sur l’ensemble du territoire.

Après le congrès, le temps de la mise en ordre

Dans son mot de bienvenue, Sylvain Mahoungou, coordonnateur départemental de l’UPADS à Brazzaville, a salué la mobilisation des cadres et militants autour de cette nouvelle étape de la vie du parti.

Il a surtout insisté sur la nécessité de préserver l’unité interne et la cohésion militante. L’UPADS, a-t-il soutenu, entend rester fidèle aux principes qui constituent son socle idéologique : justice sociale, égalité, solidarité, protection collective et panafricanisme.

L’appel prend une résonance particulière dans un parti marqué par une histoire politique dense, dont la mémoire reste indissociable de son fondateur, l’ancien président Pascal Lissouba. Pour ses responsables, la fidélité à cet héritage ne saurait cependant se limiter à la mémoire. Elle doit, selon eux, se traduire par une capacité à proposer une alternative politique crédible.

C’est précisément cette question de la crédibilité qui se retrouve au centre du discours prononcé par Pascal Tsaty-Mabiala.

L’UPADS choisit le terrain économique

Le président du Conseil national et chef du parti a d’abord rappelé les orientations adoptées depuis le congrès de novembre 2025, notamment la restructuration des instances, la campagne d’adhésion et l’enrôlement des militants.

Il est également revenu sur la position adoptée par l’UPADS lors de l’élection présidentielle du 21 mars 2026. Le parti n’avait pas présenté de candidat et avait revendiqué une posture qualifiée de « ni soutien, ni indifférence », présentée comme une manière de préserver son autonomie politique tout en assumant ses responsabilités républicaines.

Mais c’est sur le terrain économique et social que le discours du dirigeant de l’UPADS s’est fait le plus incisif.

Pascal Tsaty-Mabiala a estimé que la situation des finances publiques demeurait préoccupante, évoquant notamment le poids de la dette, la faiblesse de la mobilisation des recettes fiscales et douanières, la qualité de la dépense publique et ce qu’il considère comme un déficit de discipline budgétaire.

Selon les chiffres cités dans son intervention, le stock de la dette publique aurait atteint 9 564 milliards de francs CFA à la fin juin 2026. Une situation qui, à ses yeux, réduit considérablement les marges de manœuvre de l’État et pèse directement sur les dépenses sociales.

Le chef de l’UPADS a également évoqué un taux de pauvreté qu’il situe autour de 46,8 %, un taux de chômage de 19,8 % en 2024, avec une situation particulièrement préoccupante chez les jeunes, ainsi que le poids croissant des titres du Trésor dans le financement de l’État.

Son diagnostic tranche avec l’optimisme affiché par les autorités. Pour l’UPADS, le Congo ne pourra sortir durablement de ses difficultés qu’à la condition de renouer avec une croissance « plus forte et inclusive », susceptible de créer des emplois et de réduire la pauvreté.

Salaires impayés, services sous tension : le signal d’alarme

Le discours s’est ensuite déplacé vers la situation sociale.

Pascal Tsaty-Mabiala a fait état de tensions persistantes dans plusieurs secteurs, notamment autour des salaires, des pensions de retraite, des recrutements dans la fonction publique et de la situation des personnels issus des écoles spécialisées et professionnelles.

Il a également évoqué les difficultés financières des collectivités locales. Les chiffres cités sont particulièrement lourds : selon les données communiquées par les représentants syndicaux et reprises dans son discours, les agents municipaux accumuleraient plusieurs mois d’arriérés de salaires selon les collectivités, notamment à Brazzaville, Pointe-Noire, Madingou, Dolisie et Ouesso.

À cette crise salariale s’ajoutent, selon le responsable de l’UPADS, les difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que les tensions récurrentes autour de l’approvisionnement en carburant.

Le constat dressé est donc celui d’une accumulation de fragilités qui, si elles venaient à se prolonger, pourraient nourrir une crise sociale plus profonde.

Un plan d’austérité pour « redresser le pays »

Face à ce diagnostic, l’UPADS avance plusieurs propositions.

Le parti réclame notamment l’adoption urgente d’un plan d’austérité, la restauration de la discipline budgétaire, une réorganisation des régies financières et une réduction drastique des dépenses de fonctionnement des institutions publiques.

Il préconise également la généralisation des paiements bancarisés, l’établissement d’un inventaire exhaustif des créanciers de l’État et des montants dus, assorti d’un plan de désendettement soumis au Parlement.

Autre proposition : restaurer pleinement le rôle du Trésor public comme « banque unique de l’État ».

Derrière ces propositions se dessine une critique plus générale du modèle de gestion des finances publiques. L’UPADS entend ainsi replacer la question de la soutenabilité budgétaire au centre du débat politique, à quelques mois des prochaines échéances électorales.

Des frontières sous surveillance

Dans la dernière partie de son discours, Pascal Tsaty-Mabiala a élargi son propos à la question de la souveraineté nationale.

Les incidents survenus sur le fleuve Congo entre des éléments congolais et des militaires de la République démocratique du Congo ont été évoqués comme un avertissement. Le dirigeant de l’UPADS a estimé que ces événements imposaient un renforcement de la sécurisation des frontières fluviales.

Il a également rappelé les incidents frontaliers ayant opposé, par le passé, le Congo et l’Angola, notamment ceux de 2013 dans la région de Kimongo.

Le ton s’est alors durci. « Notre pays a-t-il perdu sa souveraineté ou est-il dépourvu de stratégie et de logistique pour assurer la sécurité de ses frontières ? », s’est interrogé le chef de l’UPADS, appelant implicitement l’État à ne pas laisser les formules diplomatiques masquer les difficultés opérationnelles.

Pour lui, la question dépasse les seuls incidents frontaliers : elle touche à la capacité d’un État à protéger son territoire et ses citoyens.

Entre héritage et recomposition

Au terme de son intervention, Pascal Tsaty-Mabiala a appelé les responsables de l’UPADS à conjuguer fermeté politique, responsabilité et mesure. Une référence à l’héritage de Pascal Lissouba, dont il entend préserver la mémoire politique tout en inscrivant le parti dans les réalités contemporaines.

La première session extraordinaire du bureau politique s’ouvre ainsi sur une double exigence : réorganiser la maison UPADS et reconquérir un espace politique.

Pour cette formation qui revendique plus de trois décennies d’existence, la question est désormais de savoir comment transformer le diagnostic critique en stratégie électorale, l’héritage en projet et la contestation en proposition.

À Brazzaville, vendredi, derrière les portes de la salle Pascal-Lissouba, le parti a donc ouvert bien plus qu’une réunion statutaire. Il a engagé une réflexion sur sa propre capacité à redevenir une force audible dans le débat national, à l’heure où le Congo est confronté, selon l’opposition, à des défis économiques, sociaux et sécuritaires qui ne peuvent plus être différés.

 

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