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Deux Congo, une même frontière : â Brazzaville ,le pari d'une mobilité sans entraves

par GéoAfriqueMédias 9 Septembre 2026, 20:37 Société

À Brazzaville, un séminaire-atelier consacré à la « Mobilité et aux échanges dans les deux Congo » s’est achevé, mercredi 9 septembre, sur l’adoption d’une Déclaration appelant à transformer la proximité entre les deux pays en un levier d’intégration, de développement et de cohésion. Derrière les recommandations techniques, une conviction s’est imposée : entre Brazzaville et Kinshasa, séparées par le fleuve Congo, la frontière ne peut durablement être une ligne de séparation entre des populations que l’histoire, la culture, l’économie et les liens familiaux ont depuis longtemps rapprochées.

Le fleuve Congo sépare deux États, mais il ne suffit pas à séparer deux peuples. À quelques kilomètres l’une de l’autre, Brazzaville et Kinshasa forment l’un des espaces urbains transfrontaliers les plus singuliers du continent africain. De part et d’autre du fleuve, les échanges sont anciens, les familles se répondent, les commerçants circulent, les artistes se rencontrent, les étudiants voyagent et les activités économiques s’entremêlent.

C’est précisément cette réalité, à la fois évidente et encore insuffisamment organisée, qui était au cœur du séminaire-atelier consacré à la « Mobilité et aux échanges dans les deux Congo », organisé du 8 au 9 septembre 2026 à Brazzaville par l’association Avenir NEPAD, avec l’appui de la Fondation Konrad Adenauer Stiftung.

Pendant deux jours, représentants des institutions publiques, collectivités territoriales, universitaires, organisations de la société civile et autres parties prenantes ont confronté leurs analyses autour d’une question devenue centrale : comment faire de la frontière entre les deux Congo un espace de coopération plutôt qu'un espace de friction ?

Une frontière à penser autrement

Les participants ont abordé les dynamiques de mobilité transfrontalière sous plusieurs angles : circulation des personnes, commerce, transport, sécurité, droits humains, diplomatie et intégration régionale.

Quatre groupes de travail ont structuré les échanges. Le premier s’est penché sur le commerce aux frontières et la facilitation de la mobilité. Le deuxième a examiné les questions liées au commerce, aux transports et aux échanges économiques. Le troisième a travaillé sur la mobilité humaine, le droit, la sécurité et la cohésion sociale. Le quatrième a abordé la diplomatie et l’intégration régionale.

Cette organisation témoigne d'une réalité : la mobilité entre les deux Congo ne relève pas seulement de la question migratoire. Elle touche à l’économie quotidienne, à la sécurité, aux droits fondamentaux, à la gouvernance des frontières et, plus largement, à la construction d’un espace régional intégré.

La proximité exceptionnelle de Brazzaville et Kinshasa constitue à cet égard un potentiel considérable. Mais elle demeure aussi confrontée à des difficultés administratives, douanières, infrastructurelles et sécuritaires qui peuvent transformer une frontière naturellement poreuse en parcours d’obstacles pour les voyageurs, les commerçants et les populations riveraines.

La frontière numérique comme horizon

Au terme des travaux, les participants ont adopté la Déclaration de Brazzaville sur la mobilité et les échanges entre les deux Congo, rendue publique le 9 septembre.

Le texte appelle notamment à accélérer la digitalisation des procédures migratoires, douanières et de contrôle, à rationaliser les contrôles et à améliorer la coordination entre les différents services intervenant aux frontières.

L’objectif est autant de fluidifier les déplacements que de renforcer la transparence. Les participants recommandent ainsi une meilleure responsabilisation des agents, le renforcement de l’éthique professionnelle et la lutte contre les pratiques illicites.

La Déclaration préconise également une gestion concertée des espaces transfrontaliers, notamment dans les zones fluviales et insulaires, ainsi qu’un renforcement de la participation des collectivités territoriales à la gouvernance des frontières.

Dans cette perspective, la frontière cesse d’être seulement une affaire de postes de contrôle et de services administratifs. Elle devient un espace de gouvernance partagée.

Du commerce informel à une intégration économique structurée

Le commerce transfrontalier occupe une place particulière dans les recommandations.

Les participants plaident pour la simplification et l’harmonisation des procédures douanières, la mise en place de procédures électroniques communes et des mécanismes de paiement adaptés aux réalités du commerce transfrontalier.

Ils insistent également sur la nécessité d’accompagner les commerçants par la formation, l'information, l'accès au financement et la création de guichets uniques.

Derrière ces propositions techniques se dessine une ambition plus large : faire de la circulation des biens et des personnes un moteur de développement local.

La mobilité, dans cette approche, n’est donc plus perçue uniquement comme une question de contrôle. Elle devient une infrastructure économique immatérielle, capable de soutenir les activités des populations, de rapprocher les marchés et de consolider l’intégration régionale.

Les droits humains au cœur du dispositif

La Déclaration accorde également une place importante à la protection des personnes en situation de vulnérabilité.

Les participants appellent au renforcement des dispositifs d'accueil et d'orientation des voyageurs, à l'amélioration de l'information des populations transfrontalières et à une meilleure prise en compte des femmes et des autres groupes vulnérables.

Cette dimension rappelle qu’une politique de mobilité ne peut se limiter à la fluidité des passages. Elle doit aussi garantir le respect des droits fondamentaux et la dignité des personnes.

Les participants proposent ainsi de concilier l'efficacité des contrôles frontaliers avec les impératifs de protection des droits humains.

Diplomatie : passer des accords au suivi

Sur le terrain diplomatique, la Déclaration appelle les autorités compétentes des deux pays à mettre en place des mécanismes permanents de suivi, de contrôle, d’évaluation et de vulgarisation des accords bilatéraux.

Elle propose également un système simplifié de passage transfrontalier destiné notamment aux résidents des zones frontalières, ainsi que des mécanismes adaptés au règlement des transactions commerciales.

La coopération sécuritaire figure elle aussi parmi les priorités, avec l’idée de mécanismes permanents de surveillance, d’alerte et de coordination entre les deux pays.

Mais l'intégration envisagée ne se réduit pas à la sécurité et au commerce. Les participants recommandent le développement de programmes conjoints de recherche scientifique et technologique, de bourses croisées, de coopérations entre universités et institutions sanitaires et professionnelles, ainsi que la valorisation du patrimoine commun.

La frontière pourrait ainsi devenir un laboratoire de coopération.

« Mobiliser, communiquer, sensibiliser »

Au terme des travaux, la représentante de la Fondation Konrad Adenauer Stiftung, Déborah NZÉGÉ, a salué la qualité des contributions et des débats. Pour elle, l’un des principaux défis consiste désormais à « mobiliser, communiquer, sensibiliser » les deux peuples afin de leur faire prendre conscience de l’espace de coopération que constitue leur proximité.

Son intervention résume une difficulté majeure : les textes et les accords ne suffisent pas. Encore faut-il que les populations se les approprient et que les mécanismes institutionnels suivent les réalités du terrain.

La Fondation s’est déclarée satisfaite de son accompagnement de cette initiative, tout en laissant entrevoir la poursuite du dialogue autour d’autres thématiques.

Une déclaration appelée à ne pas rester lettre morte

Dans son discours de clôture, le coordonnateur de l’association Avenir NEPAD, le docteur Stanislas NGODI, a insisté sur la nécessité de donner une suite concrète aux recommandations.

Il a annoncé que les conclusions du séminaire seraient transmises aux institutions concernées et aux différents partenaires afin que les autorités puissent disposer d’une synthèse des propositions formulées durant les deux jours de travaux.

L’enjeu est désormais là : passer de la réflexion à l'action.

Les participants se sont engagés à assurer la diffusion de la Déclaration auprès des autorités compétentes des deux pays, des partenaires techniques et financiers, des organisations de la société civile et des ONG. Un mécanisme conjoint de restitution périodique est également envisagé.

Avenir NEPAD et la Fondation Konrad Adenauer Stiftung entendent, pour leur part, porter les conclusions du séminaire auprès des autorités locales, des partenaires régionaux et de la communauté internationale et poursuivre le dialogue sur la mobilité et les échanges transfrontaliers.

Le fleuve comme trait d’union

À Brazzaville, les discussions ont donc dépassé la seule question des frontières. Elles ont posé celle du modèle de relation que les deux Congo souhaitent construire.

Entre deux capitales que le fleuve sépare mais que l’histoire rapproche, la circulation des personnes et des marchandises constitue une réalité quotidienne. Reste à lui donner un cadre institutionnel à la hauteur de cette proximité.

La Déclaration de Brazzaville ne constitue pas encore une politique publique. Elle en dessine cependant les contours : des frontières plus numériques, des procédures plus simples, des contrôles plus transparents, une coopération sécuritaire renforcée, des échanges économiques facilités et une meilleure protection des personnes.

Au fond, le pari formulé pendant ces deux journées est simple : faire de la frontière entre les deux Congo non plus une limite, mais une interface ; non plus un obstacle, mais un espace de dialogue ; non plus une source de tensions, mais un instrument d'intégration.

Le fleuve Congo restera une frontière. Mais rien n’interdit qu’il devienne davantage encore : un trait d’union entre deux peuples que la géographie a séparés sans jamais véritablement les éloigner.

Publié par André LOUNDA

 

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