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À Brazzaville, huit pays d’Afrique centrale travaillent à un cadre commun pour maintenir les communications lorsque les crises frappent. Derrière l’élaboration du Plan national de télécommunications d’urgence se joue une question devenue stratégique : comment continuer à communiquer lorsque les infrastructures ordinaires cessent de fonctionner ?
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Brazzaville, 15 septembre 2026. — Lorsque les eaux montent, que les routes disparaissent, qu’un réseau électrique s’effondre ou qu’une crise sanitaire immobilise une population, le premier réflexe consiste souvent à chercher du secours. Mais encore faut-il pouvoir appeler, alerter, localiser, coordonner. Dans le chaos d’une catastrophe, le silence des télécommunications peut devenir une catastrophe supplémentaire.
C’est précisément ce risque que l’Afrique centrale tente aujourd’hui d’anticiper.
Réunis les 15 et 16 septembre à l’hôtel Kimpeski de Brazzaville, les représentants et experts de huit pays de la sous-région, avec la participation du Burundi, prennent part à l’atelier de validation du Document cadre du Plan national de télécommunications d’urgence (PNTU). Une initiative conduite avec l’appui de l’Union internationale des télécommunications (UIT) et accueillie par l’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE).
L'ambition dépasse largement la seule question technique. Il s'agit de définir les conditions permettant aux télécommunications de rester opérationnelles lorsque tout le reste vacille.
Dans son discours de bienvenue, le directeur général de l’ARPCE, Jean Louis Marc Sakala, a posé le problème sans détour : face aux catastrophes, « communiquer devient une nécessité vitale ».
La formule résume l’enjeu.
Inondations, glissements de terrain, ravinements, phénomènes météorologiques extrêmes, crises sanitaires ou situations sécuritaires peuvent simultanément frapper les populations et endommager les infrastructures de communication. Or, dans ces moments où les secours doivent intervenir vite, l'information devient presque aussi précieuse que les moyens matériels.
Qui intervient ? Où ? Avec quels moyens ? Quelles infrastructures fonctionnent encore ? Quelles fréquences peuvent être mobilisées ? Comment faire communiquer les sapeurs-pompiers, les forces de sécurité, les services publics, les opérateurs et les équipes humanitaires ?
Autant de questions auxquelles un plan préparé avant la catastrophe peut apporter des réponses. Après, il est souvent trop tard.
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Pour le Congo, l'enjeu est d'autant plus concret que le pays entre dans une période où les fortes précipitations peuvent accroître les risques d'inondations et de dégradation des voies de communication.
L'ARPCE refuse toutefois de présenter cette perspective sous l'angle de la fatalité. L'idée est au contraire de transformer la vulnérabilité en capacité d'anticipation : identifier les acteurs, inventorier les ressources, établir les procédures et clarifier les responsabilités avant que la crise ne survienne.
Cette philosophie donne au PNTU une portée qui dépasse le secteur des télécommunications.
Le document est appelé à devenir à la fois un outil de sécurité publique, de continuité de l'État et de résilience nationale.
Car une catastrophe ne suspend pas les obligations de l'État. Elle les rend plus urgentes.
Pour Jean Louis Marc Sakala, le futur dispositif ne pourra être réduit à une affaire de réseaux, d'antennes ou de fréquences.
Le premier socle est juridique.
Les textes devront déterminer les responsabilités des différentes parties prenantes, les mécanismes de coordination et les conditions d'intervention en situation d'urgence. L'ARPCE devra notamment pouvoir mobiliser les fréquences nécessaires, cartographier les infrastructures disponibles et faciliter l'accès aux moyens de communication susceptibles d'être utilisés pendant une crise.
La logique est donc celle d'un écosystème.
Le régulateur ne peut pas, à lui seul, porter le poids de la réponse. Les opérateurs, les services publics, les sapeurs-pompiers, les forces de l'ordre, les services de secours et, selon les situations, les forces armées doivent pouvoir agir à partir d'une architecture commune.
Une communication efficace dans l'urgence ne se décrète pas au moment de la catastrophe. Elle se prépare.
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Cette réflexion ouvre naturellement un autre chantier : celui de l'espace.
Lors de son intervention, le directeur général de l'ARPCE a rappelé l'intérêt manifesté par le Congo pour l'accueil à Brazzaville d'un observatoire spatial sous-régional du bassin du Congo.
Pour les télécommunications d'urgence, le satellite pourrait constituer une solution de continuité lorsque les infrastructures terrestres sont détruites, saturées ou inexistantes.
L'idée est simple : si les antennes au sol ne répondent plus, les communications peuvent encore passer par le ciel.
Le futur plan devrait ainsi intégrer la connectivité spatiale, notamment à travers la possibilité de recourir à des capacités satellitaires disponibles en situation d'urgence. Une perspective particulièrement importante pour les territoires éloignés ou insuffisamment couverts par les infrastructures terrestres.
L'espace cesse alors d'être une abstraction technologique. Il devient une composante possible de la sécurité civile.
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Le directeur de cabinet du ministre chargé des Postes, des Télécommunications et de l'Économie numérique, Kô Goma, a élargi la réflexion à une autre dimension : celle de la transformation numérique.
Son intervention s'est appuyée sur un exemple tiré de la crise du Covid-19 au Togo, où les outils numériques avaient été mobilisés pour identifier les populations vulnérables et orienter des mécanismes de soutien financier.
Images satellitaires, données de connectivité et technologies d'intelligence artificielle peuvent ainsi contribuer à cartographier les zones de vulnérabilité et à mieux cibler les interventions.
L'exemple rappelle une évidence parfois oubliée : la connectivité n'est plus seulement un service de confort ou un moteur de croissance économique. Elle est devenue une infrastructure critique.
Sans réseau, pas de transfert numérique. Sans données, moins de capacité à localiser les besoins. Sans communication, une coordination des secours plus lente et plus incertaine.
À mesure que les États numérisent leurs services publics, leur dépendance aux réseaux devient également plus forte.
Les chiffres évoqués lors de l'ouverture donnent une idée de l'ampleur du défi. En 2023, quelque 400 catastrophes auraient été recensées dans le monde, affectant environ 93 millions de personnes et générant près de 200 milliards de dollars de pertes économiques. À l'échelle africaine, les données citées de l'UIT font état de centaines de millions de personnes touchées par des catastrophes.
Au-delà de la précision de chaque statistique, une réalité s'impose : les crises climatiques, sanitaires, humanitaires et sécuritaires ne constituent plus des événements exceptionnels auxquels les États peuvent répondre au coup par coup.
Elles obligent à repenser la préparation.
C'est là que se situe l'intérêt de la démarche engagée à Brazzaville. Les huit pays concernés doivent examiner un document cadre commun, puis déterminer comment l'adapter à leurs réalités nationales.
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Selon les experts All Drissa Badiel et Dr Ahmed Raad, les deux journées de travaux doivent être structurées autour de huit séances consacrées aux différents volets du plan. Le document prendra notamment en compte l'état des lieux des parties prenantes et les réponses fournies par les pays à un questionnaire élaboré par l'UIT.
L'objectif final est de disposer d'une architecture suffisamment commune pour favoriser la coopération régionale, mais suffisamment souple pour être adaptée aux réalités de chaque État.
À Brazzaville, le débat porte donc moins sur la technologie elle-même que sur la capacité collective à ne pas subir la prochaine crise.
La question fondamentale est presque philosophique : que reste-t-il de notre capacité à agir lorsque nos infrastructures ordinaires disparaissent ?
Dans une Afrique centrale confrontée aux effets croissants des changements climatiques, aux risques d'inondation et à des territoires encore inégalement connectés, la réponse ne peut être improvisée.
Le PNTU cherche précisément à construire cette réponse avant que les sirènes ne retentissent.
Car dans une catastrophe, une antenne peut être détruite, une route coupée, une centrale électrique hors service. Mais si un message parvient encore à destination, si un secouriste peut appeler une équipe, si une autorité peut localiser une population sinistrée, alors la technologie aura rempli sa fonction la plus essentielle : maintenir le lien lorsque tout menace de se rompre.
À Brazzaville, pendant deux jours, l'Afrique centrale tente ainsi de préparer ce moment où communiquer ne sera plus simplement utile. Mais vital.
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